Poètes d'hier et d'aujourd'hui, perceptions et réflexions philosophiques, politiques et satiriques
 
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 Coupes de ciel, de fiel, de miel

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Lucia & Mélano



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Age : 74
Localisation : Ile de France
Date d'inscription : 28/04/2010

MessageSujet: Coupes de ciel, de fiel, de miel   Jeu 29 Avr - 15:34

Premier pas

Devant son premier pas, la famille attendrie
S'extasie, applaudit et rit, et s'émerveille,
Mais le "château-branlant" tout empli de sommeil
Tangue, manque sancir, et bientôt s'aplatit.

"Ça y est, il marche ! Il marche ! Ça y est, c'est un homme !"
On s'ébaubit, l'entoure, on le couve des yeux,
On l'exhorte du geste et de la voix, c'est comme
S'il venait de renaître, c'est comme un jeune Dieu..

Un tout petit pas, et le voyage commence,
Partant de la maison, de la rue, de la ville,
Pour courir la province, ou visiter la France,
Pour aller vers le monde, et le cosmos hostile.

Il faut un fort bâton de marche pour la route,
Et des souliers bien souples, confortables, ferrés,
Un sac à dos avec de quoi parer à toute
Eventualité, hors des lieux fréquentés.

Il faut avoir envie du dépaysement,
La foi sans failles qui soulève les montagnes,
Le courage, la curiosité de l'enfant,
Avoir la marche aux tripes, qui vous mord et vous gagne.



Equilibre

Je suis petit, petit, petit,
Si petit que je me noierais
Dans une goutte de rosée.
Un petit pois me fait très peur,
C'est un vrai rouleau compresseur :
Je suis petit, petit, petit.

Je suis grand, très grand, si grand
Quand je vois quelque bactérie,
Microbe, virus, molécule,
Quand je songe à ces particules
Qui en sont même les parties :
Je suis grand, très grand, si grand

Je suis gentil, gentil, gentil,
Je n'abîme pas une fleur,
Je me comporte avec douceur
J'aime la nature et le beau,
J'apprécie le bon goût de l'eau :
Je suis gentil, gentil, gentil.

Je suis méchant, méchant, méchant,
Lorsque je me mets en colère,
Que j'écrase un animalcule
Ou bien que je pollue la Terre,
Et suis têtu comme cent mules :
Je suis méchant, méchant, méchant.


Je suis petit et je suis grand
Je suis gentil et suis méchant

J'ai de l'amour et de la haine
Mais je garde l'âme sereine,
Je suis fait de diversité
Ma foi... je suis équilibré.




Ne dis pas

Ne dis pas : "je le veux !"
Ne dis pas : "je le suis."
Ne dis pas : "je le peux."
Ne dis pas : "je le fuis."

Ne crie pas : "je le sais."
Ne crie pas : "je le dis."
Ne crie pas : "je le hais."
Ne crie pas : "je renie."

Dis plutôt : "je l'apprends."
Dis plutôt : "je le pense."
Dis plutôt : "je comprends."
Dis plutôt : "quelle chance !"

Dis plutôt : "tu es beau."
Dis plutôt : "si jolie."
Dis plutôt : "je suis sot."
Dis plutôt : "toi, ma vie !"

Sois plutôt amoureux.
Sois plutôt étonné.
Sois plutôt généreux.
Sois plutôt éveillé.

C'est ainsi que le Monde
Un jour t'appartiendra.
C'est ainsi qu'à la ronde
On te reconnaîtra.



Silence

Si les mots viennent de l’esprit,
Le silence, lui, vient du cœur ;
Les mots font beaucoup trop de bruit :
Le silence est réparateur.

Si les mots viennent de l’esprit,
Le silence, lui, vient de l’âme ;
Le mot quelquefois nous trahit :
Le silence apporte le calme.

Si les mots viennent de l’esprit,
Le silence, seul, est fécond ;
Quand la forme du mot nous fuit
Le silence apporte le fond.

Si les mots viennent de l’esprit,
Le silence vient avec l’âge,
Et lorsque le mot désunit,
Le silence apaise, et soulage.

Si les mots viennent de l’esprit,
Le silence est doux à l’oreille ;
Lorsque le mot a tout détruit
Le silence encor nous éveille.

Quand les mots viennent de l’esprit,
Le silence les fait comprendre
Et lorsque les mots ont tout dit :
En silence il nous faut apprendre.



Le Balayeur

Au tout commencement, Dieu balaya la nuit
Pour laisser naître au jour une Terre ébahie.
Le soleil balaya les nuages et la pluie
Et le vent balaya le sol, et il s'enfuit.

Je suis le balayeur, de la haute lignée,
De la lignée de ceux qui ont tout ordonné,
De la lignée de ceux qui ont tout épuré
Laissant un monde propre, vivant et bien soigné.

Il suffit que je passe pour que tout luise, ici,
Que je range, nettoie (c'est là mon industrie),
Du balai de bouleau à la paille de riz
Je les ai tous connus, celui de soie aussi.

Je sais pousser devant de gros tas de poussières
Sans en faire voler, sans rien laisser derrière,
Je sais, le grain ténu, de la rainure, extraire,
Si petit, si caché fût-il, et j'en suis fier.

Il n'est pas en ce monde de plus noble labeur
Car, partout où je passe et laisse ma sueur
Tout est plus beau, plus neuf, respire le bonheur :
Alors ma joie est grande, et double mon ardeur.

Un jour viendra où, toute besogne achevée
J'abandonnerai céans ma dépouille usée,
Plût à Dieu qu'il me laisse, et pour l'éternité
Balayer les étoiles de la Voie Lactée.



Enfants d'une même mer.

La Méditerranée, notre frontière unique
A moi, qui suis de France, à toi, qui viens d'Afrique,
Notre Mer à tous deux relie nos deux êtres :
La France est mon berceau, l'Algérie t'a vu naître.

Nos mères, nos patries, nos rivages aimés
En tant de points diffèrent alors que, cependant,
Notre ciel est commun, unique, constellé,
Qu'un même rouge ardent colore nos deux sangs.

Tu es femme et moi homme, tu es jeune et je suis
D'un âge tel, déjà, qu'un lourd passé me fuit,
Mais qu'importe, puisque nous sommes Frère et Sœur
Portant la même Mer enfouie dans nos deux cœurs.

Quelle que soit la rive où tu voudras m'attendre,
Je viendrai : je serai fidèle au rendez-vous.
Notre Mer aimée nous parle et nous fait comprendre
Que la Fraternité tient le Monde debout.



Le cours de l'eau

"C'est la fourchette au poing qu'on reconnaît ma race"
Disait Colas Breugnon de son verbe fleuri :
C'est, ployant sous le faix, privé d'amour, hélas !
Qu'on reconnaît celle du non-blanc aujourd'hui.

Pourquoi ? Ne sait-on pas qu'il est des différences
Plus riches de savoir que des identités,
Qu'il n'est pire supplice que d'être isolé,
Que de se confronter évite les errances ?

Tous les hommes ont un cœur, deux jambes et deux mains,
Tous un même cerveau et tous un même sang.
Au lieu que leurs rencontres soient des bonheurs sans fin,
Pourquoi faut-il, Grands Dieux, qu'ils se haïssent tant ?

A eux tous seulement les idées s'équilibrent,
Ensemble seulement ils sont harmonieux,
Quoiqu'il en pense, un homme seul n'est jamais libre :
L'homme seul est stérile, jeune, il est déjà vieux !

Deux hommes se battaient un soir, dans une plaine :
Roland et Olivier revivant leur combat,
Egaux face à leur vie et leur querelle vaine
Ils moururent, chacun tenant l'autre en ses bras.

Et, de leurs flancs percés de multiples blessures
Le sang bouillonnant ne retenait pas ses flots,
Effaçant leur couleur sous sa rouge teinture :
Plus de noir... plus de blanc... seuls des pourpres royaux !

Puis ce sont deux ruisseaux de ces sangs qui serpentent
Et se joignent et, mêlés, poursuivent leur chemin
Fondus en un seul flot, suivant la même pente,
Indiscernables désormais, jusqu'à la fin.

Nulle rivière n'est à sa source revenue
(on ne désunit pas ce que Dieu à uni),
Les différences pour toujours ont disparu
Payant le tribut qu'elles doivent à l'entropie.

Puisque "Nature" par son exemple nous mène,
Aimons-nous, mêlons-nous, acceptons-nous divers ;
De mieux se reconnaître, se côtoyer sans haine
Le monde de demain aura moins de travers !



Ne cueillez pas la rose

C'est une fleur qui ose,
Une fleur dont on glose
C'est une fleur qui pose :
On l'appelle la Rose.

La fleur aimée des Mages
Qui est parfois volage
Sait aussi être sage
Quand d'amour, elle est gage.

De toutes les couleurs
Elle pare son cœur,
Elle est force et douceur
Au parfum enchanteur.

Certes, elle a des épines
Mais son charme domine
Quand elle se dessine
Dans sa robe opaline.

Une rose, au jardin,
S'est ouverte au matin :
Arête-là ta main
Ne romps pas son destin.



Approche de l'hiver

L'hiver approche à gros flocons :
La neige tombe en abondance,
Elle a envahi mon balcon
De millions de points blancs qui dansent.

L'hiver approche à fleurs de givre :
Il a décoré mes carreaux
D'entrelacs si originaux
Que l'on croirait voir des fleurs ivres.

L'hiver approche à froides bises :
Le vent souffle, hurle, gémit ;
Il s'infiltre dans la remise ;
Il cingle, il siffle et il transit.

L'hiver approche à froid de loup :
La mare est gelée jusqu'au fond
Et mon nez n'est plus qu'un glaçon ;
Le gel est dru, le temps est fou.

L'hiver approche, l'hiver est là :
Fais du feu dans la cheminée.
Surtout n'allons pas le chasser :
Le feu est doux, je suis bien las
!



Rosée

Prunelle de félin par la lune éclairée,
La goutte de rosée sur la feuille, perlée,
Luit de mille doux feux au jour juste levé.
Elle émaille la nuit d'éclats tout irisés.

Ronde perle d'argent ourlant un fin brin d'herbe,
Infime éclat de ciel à l'orient superbe
La goutte de rosée, au matin, à l'aubette
Exalte cet instant où la nuit est défaite.

Vite, elle s'évapore. Vite, elle disparaît !
Elle s'évanouit dans l'air devenu frais :
N'en reste que la brume, légère, opalescente
Qu'effacera bientôt une aurore naissante.

Si tu n'es tôt levé, tu ne la verras pas.
Au matin, c'est trop tard, car le jour déjà là
A volé à la feuille son trésor d'eau lustrale :
Phœbus en a bu l'eau, breuvage sans égal.



Quoique...

Quoique des "vieux" soient seuls, délaissés, sans nouvelles,
Et que des enfants pleurent à s'en fondre les yeux,
Quoiqu'en ce jour de fête des gens soient malheureux,
Quoique, quoique, quoique... malgré tout, c'est Noël !

Quoique des filles ragent de ne pas se voir belles,
Et que des gamins rient, mais d'un rire glacé,
Quoique des amis meurent de n'être pas aimés,
Quoique, quoique, quoique... malgré tout, c'est Noël !

Quoique l'on voit partout tant d'absurdes querelles,
Et que des mégatonnes pèsent dessus nos têtes,
Quoique l'Homme soit fou à défaut d'être bête,
Quoique, quoique, quoique... malgré tout, c'est Noël !

Quoique, dans notre monde l'injustice soit telle
Que chacun est coupable avant que d'être né,
Quoiqu'aucune avanie ne nous soit épargnée,
Quoique, quoique, quoique... malgré tout, c'est Noël !

Quoique pour des millions la misère soit réelle
Et qu'ils soient des millions en mauvaise santé,
Quoiqu'ils soient des millions à rêver de la paix,
Quoique, quoique, quoique... malgré tout, c'est NOËL !




Naufrage

Je chôme

C'est moche,
Tout cloche !

Je persévère
Je désespère
Que faire ?

Vaille que vaille
Je travaille,
C'est la bataille
Pour la valetaille.


C'est la vie,
C'est ainsi,
C'est aussi
Un gâchis.
Quel souci !

Petits boulots,
Métro,
Dodo.
Mal dans ma peau,
A vau-l'eau ;
Pas de pot !

Ça sert à quoi ?
J'ai plus la foi.
Pas de voix
Ni de voie :
Ni pour toi
Ni pour moi.
Pas la joie !

...et la Galère sombra.



Bataille


Eternel combat que celui du "Bien" avec le "Mal". Dialogue de sourds, de mauvais entendeurs, joute jamais close : qui tranchera ?
• ...et en vertu de quoi toi, "Bien", t'arroges-tu le droit de me juger ? Fort de quelle Vérité ? Me serais-tu supérieur ? Que suis-je donc à tes yeux pour ne pas valoir ?
• "Mal", combien je te plains. Ne vois-tu pas ce qui est ? Tes yeux se décileront-ils jamais ? Je suis "Bien" parce que je suis le bien et dis le bien, un point c'est tout. Il n'est pas lieu ergoter.
• D'où diable tiens-tu qu'une tautologie soit une réalité, et a fortiori vraisemblable, vraie ? Encore moins Vérité, même si elle peut l'être.
• Que nenni ! Toute porte doit être ouverte ou fermée. Nous sommes incompatibles, exclusifs, inconciliables : c'est ainsi.
• Ignorons-nous, alors, au lieu de nous combattre. La nuit n'est, que je sache, pas l'ennemie du jour, ni le noir du blanc, ou le néant de l'être. Je n'en veux à quiconque et n'ai pas d'ennemis ...et si nous coexistions ?
• Tout beau ! Ce serait trop facile. Je ne puis accepter le mal, moins encore le promouvoir. Quel piètre équilibre serait un "demi-bien", un "bien-mal"
qui deviendrait vite un "mal-bien" puis un "demi-mal" puis... je refuse
l'alternative.
• Serais-tu intolérant ? J'hallucine ! "Bien" intolérant, bien et intolérant : quelle dysharmonie ! Cela sonne décidément très faux !
• Intolérant je suis, et fier de l'être, tu ne m'entraîneras pas dans ce débat spécieux où, sous couvert d'ouverture, je sacrifierais ma suprématie. C'est bien moi qui suis "Bien", et non toi ni nul autre...
• ...es-tu sûr, vraiment sûr, ce qui s'appelle sûr, "Bien", d'être le bien ? Ne serait-ce pas plutôt moi ? Ton intolérance me semble à tout le moins aveuglée et intégriste. Comment envisages-tu de défendre ton pré carré ? Serais-tu prêt à faire le mal pour le service du bien, "Bien" (Milgram a dû passer par là) ? Enfin, voyons, je ne revendique pas ta place, je ne t'exclue pas, moi : d'ailleurs c'est toi mon étalon, ma pierre de touche. Je te tolère sans colère et m'appuie sur toi avec foi. Pourquoi, et en vertu de quoi dis-tu cela pernicieux ? Explique si tu le veux... si tu le peux !
• Le saurai-je ? Ecoute plutôt mes zélateurs, tu reconnaîtra qu'ils sont
nombreux...
• ...presqu'autant que les miens ! N'oublie pas que c'est par, à travers et par rapport à moi que tu existes.
• Mauvaise question, et je ne te sais nul gré de me l'avoir posée. Décidément, tu es le mal personnifié, "Mal" : oser semer le doute en mon esprit, est-ce assez vil !
• Pourquoi, pourquoi... pourquoi ?
"Bien" a abandonné à la septième reprise, par jet de l'éponge...
• ...parce que, na !
• Pourquoi, pourquoi... pourquoi
??????????????????



Déserts

Le ciel est un désert qui sépare les hommes,
Où bienheureux et saints seuls s'en vont à la table
Et où …

Le monde est un désert qui sépare les hommes
Où cultures et ethnies les rendent insociables
Et où …

La vie est un désert qui sépare les hommes,
Où idées, théories et dogmes les accablent
Et où …

L'amour est un désert qui sépare les hommes
Et les femmes, dans un dire incommunicable
Et où …

La ville est un désert qui sépare les hommes,
Où maisons en pâtés jouent les dunes de sable
Et où …

Mon cœur est oasis qui rapproche les hommes
En fraternité et en bonheurs ineffables :
C'est là seulement où …



A l'ombre et au soleil

La lumière était crue, blanche et gladiolée,
L'ombre était noire et drue, fantasque et habitée :
De leur dur contraste naissait un univers
Toujours en devenir, sans revers ni obvers.

L'homme clignait des yeux dans la lumière ardente,
La femme voyait l'ombre, pupilles arrondies,
Leurs regards se croisaient, en une valse lente
Et tous deux souriaient sans qu'un seul mot fût dit.

Une orbe lumineuse nimbait ce nouveau couple,
Eve et Adam en revivaient la création,
Et la terre et le ciel, en une danse souple,
Bénissaient leur hymen de leurs plus doux rayons

La vie comme un Soleil qui n'aurait nulle tache
S'ouvrait, devant leurs prunelles énamourées.
Mais l'ombre a des détours et des procédés lâches,
Des éclipses viendraient parfois leur rappeler.



Sphinx

Au pied des pyramides le sphinx géant dormait,
Dos tourné aux blocs de granit amoncelés,
Il songeait, ou semblait méditer à jamais,
Figé, hiératique, auguste, en majesté.

Il avait vu au fil des siècles, et des années,
Au long des millénaires, en une poussée folle
Alentour du désert croître la mégapole :
Banlieues, bidonvilles, l'allaient incarcérer.

Lui, garde du silence, de l'océan des sables
Voyait déferler de bien étranges marins
Par car entiers, des millions de pieds regrettables
Foulaient son horizon, le rendant inhumain.

Le sphinx se morfondait, il pensait à un temps
Où l'homme, sage encor, respectait les tombeaux,
Où désert, oasis, harmonieusement
Faisaient du site d'al Gizah l'un des plus beaux.

Retournant aux temps où, dans une joie sereine,
Des travaux de titan érigeaient la mémoire,
De Khéops, de Mykérinos ou de Kephren,
Il rêvait à ce qu'ils avaient écrit d'Histoire.

Il pensait, avec un brin de regret dans l'âme
Que l'animal humain est d'une engeance piètre :
Alors que de la Terre il s'est rendu le Maître,
Pour qu'il la détruise, la souille et la condamne.


Puissent ces pyramides, vestiges d'un passé
Bien proche encor, à l'échelle géologique,
Lui rappeler combien notre monde est magique
Lui apprendre comment l'admirer et l'aimer!



Sucre blanc, misère noire
(Poème écrit pour le Musée du Sucre, à la Martinique)

Passant, ce sucre blanc dont on te dit l'histoire
Est le fruit d'un travail et d'une peine noire.
Partant du colon blanc jusqu'à l'esclave noir :
L'histoire, on la raconte, aux Antilles, le soir !

D'abord le "sucrier" était un artisan,
Lors le Père Labat, il y a fort longtemps
En fit un ouvrier au labeur écrasant :
L'histoire, on la raconte, aux Antilles, aux enfants !

Pourquoi fallait-il donc qu'il y eût l'esclavage ?
Que les hommes à l'instar des animaux sauvages
Colonisent, maltraitent, fouettent, tuent, saccagent ?
L'histoire, on la raconte, aux Antilles, sans rage !

Mais l'homme est le plus fort aussitôt qu'il est pur,
Et vint, dans la tourmente Toussaint Louverture
Qui arracha son peuple aux contraintes si dures :
L'histoire, on la raconte, aux Antilles, c'est sûr !

Il a rendu l'honneur à l'homme noir, Toussaint,
Il a pris le destin des Iles dans ses mains,
S'est battu, a lutté, ce ne fut pas en vain :
L'histoire, on sait, aux Antilles, on se souvient !

Il en a tant fallu, pour que libre il demeure,
Ce peuple a tant souffert dans sa chair, dans son cœur,
Libre, esclave à nouveau, puis libre, dans la peur :
L'histoire, on la conserve, aux Antilles, dans son cœur !

Victor Schœlcher, Lamartine autant que Marat,
Flocon ou Louis Blanc, Arago ou Maria,
Grenier, Pagès, Ledru Rollin passèrent là :
L'histoire, on la raconte, aux Antilles, ici bas !

Colons, libérateurs, tout se mélange ici,
L'héroïsme et l'honneur et la fange et la lie,
Le sacré et la haine, l'amour, la comédie :
L'histoire, on la raconte, aux Antilles, on la vit !

Passant, pense souvent à la peine des hommes,
A ce que fut payé leur liberté et comme
Elle est frêle et précieuse ; elle est si jeune en somme :
L'histoire racontée aux Antilles, c'est les Hommes !




Nul n'est de trop !

Le Temple est déjà haut de dix-huit coudées, qui dépasse la palissade entourant le chantier. On entend bruire le travail, tel une ruche d'abeilles, sereinement, dans l'ordre et l'efficacité. Sur le chantier, tout est en place. Les Apprentis gâchent le pisé ; les Compagnons maçons dégrossissent diverses pierres, qui un linteau aux triglyphes et métopes alternées, qui un chapiteau aux feuilles d'acanthe ; les Maîtres ajustent les blocs ; tout cela sous l'œil vigilant (et bienveillant) de l'Architecte, qui a voulu et conçu l'Oeuvre. Les plus jeunes, à peine admis, s'initient auprès des anciens, copiant le geste, écoutant les dires. Les vieux ouvriers aux forces déclinantes vont par le chantier, prodiguant conseils et encouragements. Ceux qui sont dans l'âge de la plénitude coordonnent harmonieusement leur Force et leur Sagesse, pour en faire surgir, par le truchement de la Pierre, la Beauté.
Et dans ce mariage de Génie et de Géométrie, de midi à minuit, les maillets chantent (et enchantent l'air de leur musique) accompagnant le crissement des ciseaux. Et l'air s'emplit du chant des ouvriers. On ressent
parfois, sans même en avoir bien conscience, une grande quiétude, une impression d'harmonie, de resplendeur. N'y a-t-il pas de perfection, en ce lieu ? Tout s'enchaîne si exactement, les tâches se succèdent, les hommes se succèdent, les outils succèdent aux outils, et la noria des blocs s'achève en un édifice, merveilleux et cohérent.
Tout ici respire l'harmonie. Pourquoi ? N'y a-t-il pas ici, comme dans le monde, autour de la palissade, sous le même ciel, des gens avec leurs défauts, leurs mesquineries, leurs tares; leurs handicaps, leurs infirmités ? Si, bien sûr ! Mais ici, et seulement ici, ils ne sont pas mesquins, handicapés, et leurs infirmités sont à la fois minimisées et valorisées.
Tel, dont les doigts ont été abîmés par le labeur, peut encore donner
du rêve que celui qui tient le calame transcrit. Tel, que ses jambes
refusent de porter, ne monte plus les blocs, mais ne les en polit que
plus finement. Tel, dont la tête est un peu "partie", hale le palan et
hisse les chapiteaux. Tel, qui ne sait pas encore, écoute en silence.
Tel encore, qui ne peut plus, enseigne. Tous trouvent leur juste place.
Nul n'est de trop.

Ici, et seulement ici, tous ceux qui sont entré auront leur place, éternellement. Ici, et seulement ici, tous ceux qui veulent entrer vraiment, trouveront leur place. Mais parfois, ils n'oseront frapper à l'huis, craignant le refus, car ici, même ici, certains voudraient (par souci d'efficacité, pour le bien de l'Oeuvre, s'entend) que seuls les meilleurs entrent, que, passé l'âge de la plénitude, l'on doive quitter le chantier, que toute incapacité s'avère
rédhibitoire. Oui, même ici, tous ne savent pas encore que nul n'est de
trop.

Patience, un jour, ils comprendront (après tout, exclure ceux-là même qui véhiculent l'ostracisme ne procéderait-il pas de la même erreur ?).
Oui, Humains mes Frères, vraiment : nul n'est de trop



Un mot seul, un seul mot

Au tout début était le Verbe, tout seul : c'était un "verbe solitaire". Il était et il s'ennuyait. Que pouvait-il faire d'autre ? Rien, car pour faire quoi
que ce fût, il eût fallu que le nom existât : alors qu'il n'y avait que le verbe.
Il se distrayait en se conjuguant : il avait été, il était, il serait, sera, fut... on en a tôt fait le tour (être ou ne pas être, eût dit Hamlet).
Il fit alors le tour des verbes, mais la plupart lui restaient inaccessibles car ne se conjuguant pas seuls, appelant des compléments de diverses nature. Il s'ennuya encore, pensa, il rit et il pleura mais il ne put aller (où ?) ou faire (quoi ?), ni dire...
En poursuivant systématiquement son inventaire des verbes, faute d'y trouver un raton laveur, il buta, incidemment, sur la solution de son problème : un verbe ex-tra-or-di-nai-re, qui permettait, à lui seul, de s'abstraire de l'espace si confiné des verbes, le verbe "créer". Ô miracle ! la possibilité donné de faire que ce qui n'était pas, devînt.
Et il créa, créa, créa à en perdre la tête : des noms et des adjectifs, des adverbes au autres prépositions. Il créa le temps et les choses, l'espace où les contenir, il créa le chaos (et l'esprit qui vint et mit tout en ordre). Il créa le ciel et la terre, l'eau, la nuit et la lumière, et sépara les uns d'avec les autres. Il créa l'animal et... l'homme.
Cela ne suffit pourtant pas car tout ne s'exprimait pas encore bien ni correctement. Aussi créa-t-il la grammaire et l'usage, la syntaxe et la rhétorique, les articles et les interjections, les préfixes et les suffixes : bref, un langage vivant, juste et parfait comme il se doit de toutes les productions du Verbe. Les mots se multiplièrent et crûrent à l'envi, se suffixant, se postfixant, s'accordant et se déclinant, se concaténant ou s'apocopant, se télescopant et se calembourdant en groupes, phrases ou figures, en syllepses, catachrèses, litotes et métonymies, en prose et en vers (et contre tout).
Et tout cela était, fut et sera. Seule ombre à l'idyllique toile, le verbe créer lui-même, qui s'obstina à faire de l'auto-allumage, tout en refusant de créer des mots tels que limites, interdits, coffret (où se faire enfermer) ; et l'homme aussi, ce touche-à-tout qui apprivoisa à son profit le miraculeux vocable : alors, ce fut Babel !!!
Fini le : un-mot-une-idée, ou un concept. Place aux langues et à l'incompréhension, à la polysémie, à l'incommunicabilité. Dans ce florilège de vocables proliférant comme cancer, le Verbe, le vénérable verbe, le verbe originel en vint à regretter sa quiète solitude, noyé qu'il était par la logorrhée, sous le déluge des mots (et des maux).
Ah ! si seulement il ne restait qu'un mot, à nouveau, un unique mot : plus qu'un mot à dire ! Oui, mais lequel ?
J'ose suggérer un choix.

Les mots sont dévoyés, atones, dévalués,
Vidés de sens, de sève, privés d'âme et de moelle :
Que dit encor le mot "étoile"
Qui fit tant rêver nos aînés ?

Ils sont asexués, aseptisés, exsangues,
Purifiés, lénifiés, dulcifiés, oubliés ;
Ils se renferment dans leur gangue,
Ne restent plus même, d'idées.

Envolés les doux vers, les nobles périphrases,
La rhétorique qui nous a bercé nous blase ;
Le vocabulaire s'éteint
Davantage chaque matin.

Cris d'horreur, de douleur, de colère ou d'amour,
Paroles écoutées ou dialogues de sourds,
Les mots s'envolent (vers quels cieux ?);
N'en restera-t-il rien, grands Dieux !

Ils meurent sacrifiés à l'efficacité.
Qui sait encore écrire, et qui veut encore lire ?
S'il ne restait qu'un mot à dire
Je choisirais le verbe..."Aimer".



L'Etoile élue

Une étoile s'est égarée
Prise à la queue d'une comète,
Dans les cieux noirs elle a erré
Jusqu'autour de notre planète.

Là, trois hommes la voyaient,
Astronomes solitaires,
Et dans leur cœur ils sentaient
Qu'il leur fallait, par les déserts,
Par les monts et par les vallées
Suivre la voie u'elle traçait.

Tant ils allèrent et cheminèrent
Qu'un jour, tous trois se rencontrèrent :
Ils firent route de concert…
Et des nuits et des nuits passèrent,
Et l'éclat de l'étoile aussi.

Un jour, se voyant seuls et loin de leur pays
Ils firent enfin halte, exténués, transis,
Affamés et, rompus, meurtris, endoloris :
Leur guide avait disparu.
Ils virent où ils étaient venus :
Les landes étaient pauvres et nues,
Point d'eau, du sable et des rochers
Et quelqu'herbe rare où paissaient
De fort maigres troupeaux gardés
Par quelques vaillants bergers
Qui, les voyant là, égarés,
S'offrirent à les piloter.

"Ne connaissez-vous une table
D'hôte où apaiser notre faim,
Car nous fîmes tant de chemin ?
Et peut-être aussi une étable
Où dormir ?". Les berger montrèrent
Un village tout proche, une étable plus loin :
"Abandonnée depuis longtemps,
Vous pourrez donc dormir dedans !".

Les mages les remercièrent
Puis les bergers s'en allèrent
Par les sentes, parmi les roches,
Avec leurs troupeaux et leurs chiens.

Le ciel, soudain, se déchira
Et une clarté en sortait
Qui, sur l'étable se posa
Et la rendit tout irisée
Et illumina la vallée.

Bergers et troupeaux passèrent
Suivis des mages solitaires
Devant la table demandée :
"C'est là ! venez vous restaurer"
Dirent les guides : "bienvenue !".
Mais une voix du haut des nues
Dis, ou du moins ils le crurent :
"Continuez, n'ayez cure
De votre appétit ni du froid ;
Vous êtes attendus, votre Roi
Là, sur la paille vient de naître,
Où vous eussiez dormi, peut-être...

...C'est pour Lui que l'Etoile fut,
Pour Lui que vous êtes venus :
Petit enfant glacé et nu.
Cet enfant se nomme Jésus !".



Le Voyageur Initiatique.

Descendu du volcan ignivome aux cent bouches
Cuivrant de feu des ciels brûlants et magnifiques,
Le voyageur poursuit sa route initiatique
Dans les brumes hélodes aux senteurs méphitiques
Vers de glauques rivages où, au pied d'une souche
Il passera la nuit, improvisant sa couche.

Il a connu le Feu, là-haut près du cratère,
L'Eau palustre exhalant sa rude pestilence,
Et l'Air empoisonné. Il s'est couché à Terre,
Et là, s'est endormi, au terme de l'errance,
Calme et rasséréné, tout empli de confiance,
Dans le juste onirisme d'un repos salutaire.

Il est allé au Nord, et en Hyperborée
Y vit des ciels fous aux aurores magnétiques,
Fut au Septentrion ; sous la Voûte Etoilée
Toute d'astres inconnus, pour lui énigmatiques,
Formant Triangle ou Croix Australe constellée,
S'est rué, de l'Orient, vers un Ouest magique.

Il a posé sac et bâton de pèlerin
Pour une brève halte, pour un repos serein.
Mais sitôt arrêté, déjà, rongeant son frein
Il rêve d'autres routes : il est déjà demain.
Le Voyageur Initiatique erre sans fin,
Plein d'espoir et d'amour, sans peur, sans soif, sans faim…



Lieux de mystère et de sapience, lieux d'aventure et de patience

D'Avalon en Hyperborée et de Gimli en Walhala
J'ai su les secrets.
D'Olympie à Jérusalem et de Katmandou à Lhassa
Les Dieux m'ont parlé.

De Toboso à Laputa, de Colchidie en Utopie,
J'ai couru le Monde.
D'Atlantide en Mu, et par Ys, ville à tout jamais engloutie
J'ai erré sur l'Onde.

Lilliput, l'Ile de Moreau, ou Brogdingnam et ses Géants,
M'ont impressionné.
Le Pays de Nulle Part, et les fils perdus de Peter Pan
M'ont tôt fait rêver.

En forêt de Sherwood, Brocéliande, Altaï
Je me suis perdu.
Dans les désert d'Afrique et dans le Sinaï,
Je me suis rendu.

Jungle de Ceylan, jungle de Tasmanie
J'ai volé vos fleurs.
Aux sources d'Orénoque, ou de l'Iénisséi
J'ai lavé ma peur.

Lune, Mars, Vénus, espaces et temps futurs
Manquent au palmarès...
...Fi ! Cessons de chercher vainement : l'aventure
Est en moi, tout près !



Cartes

Atlas, cartes de la Terre et cartes du ciel,
Garants de mes voyages et support de mes rêves
Cartes des pays d'Utopie et d'Uchronie
Des îles d'Atlantide, d'Ys ou de Laputa,
De l'imaginaire aussi bien que du réel
Cadastre où les rues sont les voies guidant la sève,
Carte des galaxies et des mondes infinis
Où zodiaque et constellations donnent le la,
Où l'on voit Jupiter parler à Orion
Dont le Baudrier d'or fut copié à Gizah
Positionnant à jamais les trois pyramides :
(Orion que Giono baptisa "fleur de carotte"
L'un épinglé comme un papillon au ballon
Qu'Aristote disait sphère des fixes, et la
Planète billebaudant avec ses timides
Quatre satellites lui faisant bonne escorte.
Carte du Tendre et de nos vieilles randonnées
Carte de l'ubris et de ma folle jeunesse,
Plan de ma chambre, de ma maison, de ma rue,
De ma commune, chemins de pèlerinages,
Atlas de mon pays, dessin de mes brisées,
Mappemonde vivante et modifiée sans cesse,
Terra incognita d'Avalon ou de Mu,
Mont Uhuru, Ushuaïa, pays des Sages,
Pays de Nulle Part et des enfants perdus
Dont Peter seul connaît le chemin onirique,
Planisphère, planétarium, globes terrestres
Sphère armillaire, livres et géographies,
Atlas des grand espaces à jamais inconnus,
Viatique de voyages toujours plus magnifiques
Chemin de Compostelle pour randonneur pédestre :
Cartes, vous nourrissez mes rêves éperdus !



Par les chemins de la Nuit

La nuit, du jour faillant, aux étoiles faillantes,
Dit ce monde inconnu que capte ton regard.
Encrée de noir velours, l'ombres se fait pressante,
La lune goguenarde est partout nulle part.


Le caillou devient môle, le chemin devient combe,
Les chats sont tous gris comme les souris qu'ils chassent,
Les creux, les flaques te font penser à des tombes :
Une atmosphère obtuse nimbe ton âme lasse.

Il faut te secouer, rêveur ou somnambule,
Il te faut explorer cette terre éclipsée,
Humer ses parfums légers comme libellule,
Ecouter son silence disert et ouaté.

Prends ton bâton de marche et pars pour le pays
Onirique où au fil de rencontres fortuites
Tes sens exacerbés te parleront de vie :
Respire, écoute, marche, nez au vent … pas trop vite.

Avance entre les arbres des forêts obscures,
En ces heures rebelles et inhospitalières
Les constellations te diront la voie sûre
Qu'aucun soleil ne trouble sous la clarté stellaire.

Arpente sans terreur les routes désertées
Où quelques phares sont prunelles de félins,
Traverse les rus vifs dans les remous des gués
Et sillonne les champs d'orge, de blé, de lin.

Va par les monts, les vaux, les venelles, les sentes,
Vers ce monde tout neuf qui t'es insoupçonné,
Avance sans faiblir, suis la plus rude pente,
Tes pas seront légers, tes pieds seront ailés.

Ne te retourne pas, rien n'est jamais derrière :
C'est de front qu'on aborde ce qui n'est pas connu,
Qu'on vainc toutes embûches et onques ne se perd
Dans les dédales obscurs des horizons perdus.

Lorsqu'après complies tu pars en pèlerinage
Pour rentrer au bercail aux lueurs de l'aubette,
Enrichi de savoir tu en reviens plus sage,
Prêt à offrir aux hommes tes belles découvertes.



J'ai dit

Elle a dit : "c'est un enfant", ses gestes sont vifs et son allure est preste.
Elle a dit : "c'est un homme", ses gestes sont rudes et son allure est robuste.
Elle a dit : "c'est un cœur", ses gestes sont tendres et son allure est auguste.
Elle a dit : "c'est un Dieu", ses gestes sont amples et son allure est céleste


Tu dit : "c'est un père", ses bras sont un soutien, sa pensée
encourage.
Tu dit : "c'est un copain", ses bras sont des aides et sa pensée ménage.
Tu dit : "c'est un ami", ses bras sont disponibles et sa pensée partage.
Tu dit : "c'est un Frère", ses bras sont protecteurs et sa pensée soulage.

Il a dit : "c'est un écrivain", ses mots sont justes et ses phrases colorées.
Il a dit : "c'est un orateur", ses mots sonnent clair et ses phrases interpellent.
Il a dit : "c'est un Maître", ses mots marquent l'esprit et ses phrases analysent.
Il a dit : "c'est un Philosophe", ses mots font sens et ses phrases sont des idées.

J'ai dit : "c'est un poète !"



Au "Kilomètre Cinquante"
(Poème pour les noces d'Or de papa et maman : le 17 décembre 1988)

Au "Kilomètre Cinquante"
Est une borne dorée.
Quiète et douce à souhait,
La route s'en va, nonchalante

Un demi-siècle, ils ont marché
Main dans la main, sous le soleil,
Le vent, la pluie, le bleu du ciel.
Ils sont si loin d'être arrivés

Là-bas continue le chemin
Qui poudroie aux feux du couchant.
Des enfants et petits-enfants
La chaîne n'aura pas de fin.

A côté de la borne d'Or
Un instant, se sont arrêtés
Pour un regard sur le passé.
Ils en repartiront, plus forts.

Buvons la vie qui nous enchante,
Un jour viendra où, nous aussi,
Prendrons un moment de répit
Au "Kilomètre Cinquante".



Allez, amis, je vous laisse, je sens que vous avez marre de cet
échantillon.
Mes ânemitiés à vous TOUS
Lucia & Mélano
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Lucia & Mélano



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MessageSujet: Re: Coupes de ciel, de fiel, de miel   Ven 30 Avr - 3:10

Suite de mes élucubrations (enfin échantillon, heureusement)


Un jour

Un jour, je te dirai, quand il en sera temps
Et que bien des soleils se seront tôt levés,
Combien la vie est belle, et que chaque printemps
Ajoute à nos années comme un cadeau parfait.

Un jour, je te dirai, quand le ciel sera sombre,
Que l'orage brutal éclatera aux nues
Et qu'un soleil rougeâtre tombera, comme on sombre,
Au droit de l'océan, combien la vie m'a plu.

Un jour, je te dirai, si le temps m'est laissé,
Que le chant de la source, le rire de l'enfant,
Le parfum de la fleur, la douceur du baiser,
Ont constellé ma vie, comme un enchantement.

Un jour, je te dirai, après les temps de guerre,
Combien il est absurde de haïr, de tuer,
Que l'on devrait s'aimer, que les hommes sont frères,
Qu'ils ont le même sang, la même humanité.



Un an n’est plus : un an de plus

Hier, au jour faillant, comme chaque année à pareille époque, je m’assis
devant l’écritoire pour rédiger ma traditionnelle carte de vœux : « santé, travail, paix, prospérité… j’en passe. »
C’est alors que Dieu m’apparut arborant sa mine des mauvais jours, celle des temps où, pour un oui ou un non, il fustigeait son peuple élu. Je m’attendais au pire et me rencognai.
« Des vœux, des vœux, qui es-tu donc pour oser vouloir ainsi ? Tu ferais mieux de te taire puisque tu ne sais pas !
Serais-tu par hasard insatisfait de mon monde ? » En l’espace d’une
phrase il avait repris les quatre injonctions du Sphinx.
Médusé, je demeurai coi. Derechef Dieu poursuivit : « peux-tu me dire qui a placé les montagnes en leur juste place, qui a contenu les mers dans les
limites de leurs rivages, qui a planté les forêts d’arbres et peuplé les
mers de poisons, empli les airs d’oiseaux et les landes de bêtes et
bestioles… et j’en passe ? » Manifestement il avait lu le Livre de Job,
mais je n’osai lui faire remarquer le plagiat, d’autant qu’il
renchérissait : « peux-tu me dire qui t’a fait homme ? » Là je trouvais
qu’il poussait le bouchon un peu loin !
Dans un fracas de tonnerre il éructa enfin : « comment oses-tu vouloir, et dire, alors que tu ne sais pas ? »
Aveuglé par Sa lumière, je n’avais pas remarqué, tapi dans l’ombre, un gnome rougeaud et ricanant. A l’examiner de plus près, je lui vis au front deux excroissances cornées et il me semblait bien qu’il cachait derrière lui comme une sorte de queue, et sous lui des pieds de faune ou de satyre.
L’intrus prit la parole à son tour : « n’écoute pas ce vieux ronchon, il a une bien ingrate façon de te remercier de l’avoir conçu ; tu ne vas tout de même pas me faire accroire que le monde te satisfait ; non mais, regarde autour de toi, ce ne sont que maladies, souffrances, guerres, chômage, vieillesse et déréliction, spoliations, esclavage, perversions et maltraitance… et j’en passe ; ah, misère de misère, la lumière de la liberté est tombée
entre les mains de ceux qui en abusent ; les latinistes vous ont pourtant avertis : « homo homini lupus. » J’écoutais ébahi.
Il poursuivit dans une sorte de sifflement : « crois-moi, tes vœux sont
justifiés et nécessaires, qui, plus que l’homme, est en droit d’exiger ;
si à l’aube de l’humanité tu as inventé Dieu, c’est bien pour qu’Il te
rassure et te serve, pas pour qu’Il se serve toi, et voilà qu’Il s’avise
de renverser les rôles… ce serait à mourir de rire si je n’étais immortel. »
J’avais dû m’assoupir sur ma page blanche, contrit qu’aucun génie ne m’eût inspiré. J’écarquillai les yeux et me pinçai : j’étais bien seul face à ma table. Je repris mes esprits et mes travaux de plume.
Une idée me taraudait maintenant : pourquoi diable réitérais-je chaque année cet exercice alors que j’en connaissais d’avance l’insuccès ? Pour me dédouaner, pour signifier mes préoccupations du moment, pour me rappeler aux autres, ou par habitude, pour attirer l’attention sur des problèmes qui, n’étant que le fruit des actions des hommes, se devaient d’être corrigés par eux ? Oui, pourquoi, pourquoi ? Devais-je poser bas le calame si mon projet n’était pas sincère ?
Je me sentis soudain très vieux : un siècle et davantage. Je m’ébrouai, réfléchis et… décidai de poursuivre mon épistolat, en connaissance de cause cette fois. Nos anciens ne le disaient-ils pas : « Fais ce que doit, advienne que pourra ».



A cœur partagé

Je vis avec le cœur d’un autre,
Ou bien ses poumons ou son foie,
Ou sa rate ou je ne sais quoi.
Je vis, et je m’en fais l’apôtre.

Tu es mort, mais plus tout à fait
Car je te fais survivre en moi,
Tu perdures au-delà de toi
Par la part que tu m’as léguée.

Il vit grâce à une parcelle
D’un mien ami, ou d’un parent :
En lui il demeure présent
Comme au temps de sa vie réelle.

Nous, maintenant nous voilà deux.
Plus qu’un « je », celui qui survit
Devient un « nous », un « nous-deux » même :
Oyez le juste théorème !

Vous ne faites plus qu’un… ou une,
Dont le passé est un présent,
Plus riche que toute fortune
En ce qu’il demeure présent.

Ils sont altruistes, ces dons
De vie qu’un jour des parents font :
Donneurs et greffés à leur tour
En trament une chaîne d’amour.



Big Bang

Fond du ciel qui se lit en trous noirs, en mirages
Galactiques, en quasars, en pulsars, sur les raies
D'un spectre rouge témoin par son décalage
Du vertige fou d'une fuite accélérée,

Quel message véhicules-tu ? Quelles consignes
Venues du fond des temps et de la nuit ? Quels signes ?
Quelle explosion primale, quelle longue inflation
Nous dis-tu, dont Cobé révéla la notion ?

Lemaître avait pressenti ce début fugace,
Gamov l'a baptisé de son nom si parlant :
« Big Bang ». Ce fut un boom dans le monde savant
Comme chez le profane : il faudrait qu'on s'y fasse.

Il y eut un début, il y aura une fin ?
Ou une éternité ? Choisissez, rien
n’est sûr : On lit plus aisément le passé qu’un futur
Dont nul ne sait s’il sera coda ou refrain.

Big-Bang ou bien Big-Crunch, rien avant ni après,
Ou pulsation sans fin de notre univers-cœur,
Explosion, implosion ou battements rythmés :
Chi lo sa ? Que sera sera ! froid ou feu ? Peur.

Faut-il que nous cherchions radicelles et racines,
Sautant à pieds joints dans l’improbable avenir ?
Allons, le monde est là : ici il se dessine,
Qu’il nous faut vivre, aimer, avec foi et désir.



Quand l’Homme joue à devenir Dieu

Que je sache, seuls trois parmi les arts de l’homme le hissent à la hauteur des Dieux :
• la sculpture
• la jonglerie
• la mathématique
et c’est merveilleux.

D’un pouce habile, le sculpteur forme et informe la glaise informe, il fait
naître l’objet de l’absence versatile, du sil omnipotentiel : la chose
devient qui n’eut pas été sans lui.
Le sculpteur crée, comme Dieu le fit un jour pour notre monde : au premier jour.

Le jongleur réinvente la gravitation, ses balles ou massues sont autant de planètes qu’il lance vers le ciel tel un défi et qui gravitent sous sa loi : les
objets deviennent libres, baignés dans une apesanteur temporaire dont il
est le seul maître, ils se rencontrent ou se séparent sans que la terre
ne les astreigne plus à joncher son sol.
Le jongleur lance et fait mouvoir sa galaxie hétéroclite, comme Dieu lança les siennes un jour : au premier jour.

Le mathématicien accède à des infinis qui ne sont pas de ce monde ni de cet univers, ni d’aucun autre, mais dont il a trouvé la porte, il peut compter des choses que le temps ne lui permettra pas d’énumérer, ce qui est aussi bien que ce qui n’existe pas, maintenant ni jamais, il peut évoquer des espaces au-delà des espaces et plus loin encore, des dimensions qui dépassent les dimensions : il crée ex nihilo, son rien enfante le tout et le police, l’ordonne, le régit et le comprend.
Le mathématicien crée des concepts si puissants et universels qu’on croirait qu’ils eussent pu exister sans lui, de toute éternité, des idées si évidentes, si intemporelles qu’on les croirait indépendantes de la Création, il imagine et invente des êtres et un monde, comme Dieu conçut un monde et des êtres : au premier jour.

Mais le peintre, me dites-vous ? N’invente-t-il pas lui aussi des mondes et des êtres dont il parsème toile ou vélin, des lumières ou des couleurs riches et insoupçonnées ?
Certes, mais ce ne sont là qu’images : messages d’un homme à des hommes.

Mais l’artificier qui catapulte ses boulets, l’aviateur, l’explorateur de
l’espace qui réalise les rêves les plus fous de Jules Verne, me
dites-vous ? Ne se jouent-ils pas des contraintes que Newton nous a
révélées ?
Certes, mais ce ne sont là que trajets et trajectoires,
dans un espace possible : reliant un homme à des hommes.

Mais le compteur, le comptable, l’agent de recensement, me dites-vous ? Ne dénombrent-ils pas le presqu’innombrable, quantifiant les êtres et les
choses ?
Certes, mais ce ne sont là que des objets finis, des gens identifiés, des entités réelles et limités : comptés par un hommes pour l’enseigner aux hommes.

Mais le poète, me dites-vous ? Ne rêve-t-il pas… Vous avez raison ! Le poète… Vous avez raison !



Fermez le ban

Ô, vous les linostoles, les robins herminés
Aux amples manches noires en ailes déployées,
Vous de sable ou de gueule, ou bélic, habillés,
Vous qui m'avez jugé, jaugé et condamné
Sans procès, sans savoir, sans recours, sans regrets :
Je ne vous en veux pas ni ne vous en sais gré.

"Coupable !", le verdict sans appel est tombé
Et mon honneur a chu sous votre couperet.
J'aurais pu me défendre... à quoi bon : c'est jugé.
Adonc je suis celui, du sceau du mal marqué,
Qu'on ne saurait entendre, ni plus même écouter ;
Condamné au silence par un fatal arrêt

Je me dois de me taire, de subir, effacé ;
Je suis rayé, n'existe plus, je suis gommé
Du grand livre des Hommes et de la Société.
Il vous faudra, de moi, la tête détourner
Ou vous serez accusés de complicité.
Bouc émissaire ? alibi ? ou facilité ?

Si c'est le rôle que vous m'avez assigné :
Je le remplirai en toute fraternité,
Au ban de vos cœurs secs et reclos à jamais.



La jubilation de Sisyphe

Il existe deux versions de l’histoire de Sisyphe dans la mythologie, la première très connue où le roi de Corinthe rançonnait les voyageurs qui franchissaient l’isthme éponyme fut condamné aux enfers, tua Thésée et subit son châtiment ; selon le seconde, Sisyphe ayant dénoncé un rapt de Zeus fut de même condamné aux enfers mais obtint contre promesse de retour une permission d’un jour : promesse qu’il ne tint pas, d’où le châtiment.

Voici quinze jours, un hurlement de rire éclata dans la Vallée, hénaurme, homérique, tellurique. Alors que pour la énième fois il s’était vu renvoyé à la case « Départ » (sans passer par la « Prison »), Sisyphe s’esclaffait.
Toute la Vallée rit contagieusement, sans savoir pourquoi.
Ce matin, voilà qu’il repartait allègrement : on eût dit que son rocher ne pesait plus, usé sans doute par ses nombreuses dégringolades ; Sisyphe le portait fièrement tel une offrande.

Comme il remontait la Vallée en direction du Camp (de base), j’engageai
le dialogue :
• enfin, Sisyphe, comment peux-tu rire encore, alors que cela fait quinze années qu’au départ de cette Vallée tu tentes d’approcher le Camp et que tu te voies inexorablement repoussé de son abord par des pseudo-Dieux autoproclamés qui ont pris racine là ?
• c’est vrai, je conçois que cela t’étonne… moi même au début… je crus
d’abord à une épreuve, ne me connaissant ni ennemis ni faute je devais
bien, comme chacun, avoir commis des erreurs ou avoir un Péché Originel à
rédimer… A l’hébétude succéda l’incrédulité, l’inquiétude, la lassitude
puis l’habitude : cela vient vite. Ma condition était liée à cette
Vallée, soit : homme cependant, je levais les yeux vers le Camp des
fausses déités
• pourquoi ne restes-tu pas tranquillement dans la Vallée : ta Vallée ? S’il te plaît, assieds-toi sur ta pierre et, au lieu de la rouler, roule-toi les pouces
• j’y ai songé… mais vois-tu, c’est justement ce qu’Ils attendent, Ils seraient trop contents : je crois bien que je les embarrasse et les culpabilise, eux qui me harcèlent depuis si longtemps qu’Ils en ont oublié la raison, à tel point qu’Ils leur a fallu m’imputer des forfaits imaginaires pour garder bonne conscience
• renonce Sisyphe, renonce !
• c’est hors de propos, permets-moi de ne pas Leur faire, lâchement, ce plaisir ! d’ailleurs je me sens chaque jour plus fort et ma pierre me semble plus légère à chaque remontée… et puis, je ne voudrais pas décevoir mes amis.

J’insistai cependant car il avait éludé ma question :
• me diras-tu, Sisyphe, la raison de ton hilarité inextinguible ?
• soit ! il y a quinze jours de cela, quelques Dieux indéboulonnables vinrent à choir de l’Olympe : éjectés. Tu imagines l’ironie ? eux qui se croyaient
éternels et s’étaient déclarés seuls Juges Suprêmes de qui pouvait être
blanc ou qui devait être noir : les voici jugés à leur tour, et
révoltés avec ça !
• et alors ?
• alors ? alors je ris, moi
Sisyphe, je ris parce que je ne suis qu’un mortel, je ris parce que…
j’ai l’éternité devant moi.
Il y a quinze jours… c’était, je m’en
souviens, le 8 juin 2002 (où ? dans quelles circonstances ? quels Dieux ?
si vous l’ignorez, ne comptez pas sur moi pour vous le révéler !).



Huit Mai, oui mais…

Surtout ne croyez pas qui vous la dira belle,
La guerre, comme la mort, est le fruit de l’échec,
N’oublions jamais que la douleur est réelle :
Guerre et mort sont deux fruits tout également secs.
Le canon tonne, le tambour roule, quelle musique !
Les pas martèlent, cadencés, le dur pavé,
Le clairon de Déroulède entraîne la clique :
Rang après rang, les soldats se font décimer.

L’Aigle regarde fondre en des chaudrons d’enfer
Ses régiments de granit et d’acier si fiers.
Au haut de la colline, juché sur son cheval,
Hiératique, se détache un Petit Caporal.
Le lyrisme hugolien a beau le magnifier
Waterloo, la Bérésina ne sont pas loin,
Non plus que Sainte-Hélène où il meurt,
prisonnier : Et le peuple, épuisé souffre le froid, la faim.

De l’Argonne à Verdun, dans des tranchées profondes,
Sur le Chemin des Dames, en plaine de Champagne,
L’Etat-major joue à un jeu de go immonde :
Ses hommes sont les pions, le plateau la campagne.
Statues de boue fondues dans la glaise et le froid,
Face à face, des mois durant, dans leurs boyaux
Les soldats ennemis, mais savent-ils pourquoi ?
Rêvent d’humanité, de famille, de repos.

La moustache taillée, la mèche sur le front
Le tyran envoie ses Panzers sur tous les fronts
Et, complices, les chefs du pays asservi
Ploient l’échine et se retirent, en hâte, à Vichy.
L’ombre sécrète alors une armée spontanée
Qui rend à son pays son honneur, sa fierté.
Par millions les cadavres, dans les camps, sous les ruines
Crient la honte et le désespoir des anonymes.

Uncle Sam écrasant, rase Viêt-nam, Irak
Ethiopie, Serbie, Afrique et Afghanistan.
Le monde est à ses pieds, mouton bêlant, et chaque
Gouvernement plie à l’ONU, devant l’OTAN.
Ah, mahâtmâ Gândhi, que n’es-tu encore là
Prônant l’amour ; Martin Luther King qui sans fin,
Rêva d’humanité ; ah Mère Thérèsa,
Venez prêcher la Paix, pour l’Homme de demain.



Solitude

Il n’est rien de pire que d’être seul, vraiment seul. Non, vous ne "vraie" savez pas ce que c’est : moi je le sais ! Moi seul ai connu la solitude,
- personne à qui parler sinon soi-même, mais pourquoi parler alors ? et
que dire ?
- personne à qui montrer, nulle âme qui vous observe, que montrer d’ailleurs ?
- personne pour vous juger si ce n’est soi-même, que veut alors dire juger ?
- rien à quoi se comparer, il faut être deux pour cela.

C’était avant… La solitude, la vraie !
Et le temps qui passe avec ça, infiniment lentement, comme s’il ne
passait pas. J’avais été de toute éternité, seul, unique, j’étais et il
me semblait bien que j’allais être, sans trêve ni fin : c’était
insupportable. Perdu dans ce temps dilaté à l’excès, j’étais aussi
emprunté qu’un clown dans son manteau trop ample.
Il fallait réagir, alors j’ai créé un univers avec, en son sein, des galaxies que j’ai organisées, et dans icelles des systèmes d’étoiles que j’ai ordonnés, et
en l’un d’eux, modeste, tout petit, excentré, une minuscule Planète
Bleue, oui, j’aime cette couleur, que je dotai d’une jeune, jaune et
jolie lune ronde. Tout cela s’expansait et s’agglomérait, s’accrétait et
se désagrégeait, tournait sur soi ou valsait en couples, se télescopait
parfois, s’éclipsait ou s’alignait en improbables conjonctions ; cela
explosait aussi en novae qui se dispersaient à l’infini, ou se
racrapotait en de troublants trous noirs. Mais c’était vide et vague et
ne communiquait pas. L’ennui me gagnait derechef. Et l’ennui, quand on
est tout seul, c’est vraiment terrible.
La Création manquait cruellement de vie. Je l’inventai : virale, bactérienne, végétale puis animale, de toutes sortes, formes et tailles, d’une inouïe diversité. J’en peuplai mers, terres émergées et airs, même les plus inaccessibles grottes, les eaux ultra chaudes, les glaces les plus glacées, les déserts les plus désertiques ne furent pas oubliés… partout vous dis-je,
je mis la vie partout. Une telle variété, évolutive de surcroît, m’enchantait. Cependant, quelques ères géologiques plus tard, la lassitude me reprit aux tripes : rien n’advenait que je ne pouvais prévoir. J’étais de plus en plus seul.
C’est ainsi qu’il me vint l’idée d’inventer la liberté, sous la forme d’un libre-arbitre, et je conçus un organisme unique, pétri de la . Je l’avais fait à mon image, de glaise et d’imprévisibilité : je l’appelai "homme". C’est vrai qu’il me
ressemble ! Même insatisfaction, même révolte, même propension à abuser
de toute liberté qui passât à sa portée, même tête de cochon. Lui non
plus ne supportait pas la solitude, aussi je lui parlai, il me parla, nous dialoguâmes.
L’homme crût et se multiplia, exponnentiellement, et parce que je l’avais fait libre, il finit par se prendre pour Moi et crût pouvoir se suffire à lui-même. Il m’oublia, me snoba, me renia ; ne pouvant cependant pas me tuer, n’oubliez pas que je suis immortel, il me haït.

L’homme alors découvrit qu’il était seul, que les hommes étaient seuls, perdus dans cet univers trop grand pour eux, aussi empruntés qu’un clown dans son manteau trop ample.
Il créa la technique, tout un technomonde de pierre et de fer dans une débauche d’énergie dérobée à la terre, au vent, à l’eau, au feu.
La technosphère manquait cruellement de vie. Il l’inventa donc, ou du moins
sa pâle copie : automatique, cybernétique, électronique, univers
virtuels, informatique. Vie artificielle en tous cas, de toutes sortes,
formes et structure, d’une inouïe diversité. Il colonisa les mers, la
terre et l’espace où il implanta leurs variétés évolutives. Hélas, rien
n’advenait qu’il ne pouvait prévoir. Il se sentait de plus en plus
isolé.
Il lui vint l’idée d’inventer la liberté sous la forme d’une machine à penser qu’il tenta de doter de libre-arbitre et il onçut unesuper-hyper-giga-méga-computer quantique géant en silicium dopé d’impuretés des plus rares, tout d’imprévisibilité ; il le baptisa "Penseur Bleu" , il aimait la couleur bleue. Il l’avait fait à sa ressemblance. C’est vrai qu’il lui ressemblait ! Même insatisfaction, même faillibilité et fragilité, même propension à abuser de toute liberté dont on le dotât, en bref même tête de cochon. La Super-Machine ne supportant pas la solitude, il lui parla ; il la dota de la parole et
elle lui parla : ils dialoguèrent. Mais le diabolique engin s’autoreproduisit, exponnentiellement, et parce que l’homme l’avait voulu libre, finit par se prendre pour lui. Il crût pouvoir se suffire à lui-même, il l’oublia, le snoba, le renia ; ne pouvant l’éradiquer, n’oubliez pas que c’est lui qui l’entretenait, il le haït.

L’ultracomplexe complexe comprit alors qu’il était seul, que les machines sont toujours seules, perdues à l’orée d’une noosphère trop vaste pour elles, aussi empruntées qu’un clown dans son manteau trop ample.



Tête à cœur

Handicapé : c’est bien ainsi que l’on te nomme.
Ta tête un peu fêlée laisse filtrer le jour,
On rit sur ton passage, te vilipende en somme :
Mais ton cœur est si grand qu’il y voit de l’amour.
La bouche jamais close et le baiser humide,
C’est ta façon à toi de donner le bonjour,
Car toi l’innocent tu es si pur, si candide
Que quoi que tu fasses tu en fais trop, toujours.

On plaint tes parents ou l’on te plaint quelquefois,
C’est ne rien comprendre au bonheur que tu prodigues :
En rayonnant l’amour partout autour de toi.
Ton cœur beaucoup trop grand déborde de ses digues.
Nez mal mouché, le cheveux toujours en bataille,
On te dit « tête à claques » quand tu es « tête à cœur »,
On te toise de haut, pis encore, on te raille,
On profite detoi, on joue à te faire peur

Car tu ne sais pas lire, écrire ou bien compter,
Or c’est, pour le vulgum, le critère avéré
Pour se voir reconnu comme un être « normal ».
Tu es en quelque sorte unecible idéale
Aux mesquineries, niches et quolibets,
Tu es le défouloir de notre société
Qu’un racisme latent pousse à te mépriser,
Toi qui réveilles en nous des craintes oblitérées.

Handicapés, ne le sommes-nous donc pas tous ?
Toi, moi, vous, nous, les autres aussi bien que les uns
Le handicap n’est-il pas notre point commun ?
Bien sûr, tout un chacun s’en défend et le nie,
Mais si l’on creuse un peu, qu’on regarde sa vie…
Ignorants, incapables, malhabiles, un peu fous :
Nous le sommes trop peu pour sortir du décile
Qui nous classerait parmi les rangs des débiles.
Je veux le répéter ici : « Nul n’est de trop ».

Je le clame haut etfort à tous les horizons,
C’est l’exclusion qui fait du monde une prison.
Nous sommes tous handicapés : c’est mon credo
Qu’au moins nous cessions d’être handicapés du cœur !
Mon miroir, mon gardien, mon témoin, mon bonheur,
Handicapé, dis-moi combien le monde est beau,
Handicapé mon Frère, mon âme, mon ego.



Un siècle… et plus

Je me sens parfois vieux alors que mon moral est baissier comme la bourse, il me semble ces jours là que j’ai « un siècle… et plus ».
C’est d’ailleurs vrai, si j’y réfléchis bien… j’ai vraiment un siècle et plus car je suis le produit du vingtième siècle techno-scientifique, à quand celui, social, prémice d’un monde humain ?).
Si j’y réfléchis bien… j’ai même deux siècles et plus, étant fils des Lumières et de la Révolution.
Si j’y réfléchis bien… j’ai vingt siècles et plus, brebis involontaire d’un Christianisme dont j’ai fait mienne la consigne : « aimez-vous les uns les autres ».
Si j’y réfléchis bien… j’ai vingt cinq siècles et plus, moi, l’enfant de
la Gaule et de la pensée grecque.
Si j’y réfléchis bien… j’ai vingt milles siècles et plus, alors que mon aïeul hantait le rift tanzanien.
Si j’y réfléchis bien… cela fait bien trente millions de siècles et plus que je naquis, « LUCA », première cellule qui en préfigurait des milliards de milliards de milliards d’autres.
Si j’y réfléchis bien… n’y a-t-il pas quarante millions de siècles et plus que Gaïa apparut, déjà grosse de moi ?
Si j’y réfléchis bien… j’ai quatre-vingt millions de siècles et plus, car je descend de Râ qui enfanta la terre.
Si j’y réfléchis bien… c’est cent cinquante millions de siècles et plus, dans le passé, que le Big Bang prépara mon avènement.
Si j’y réfléchis bien, si j’y réfléchis bien… alors oui, avec « un siècle…et
plus » je suis bien jeune encore, et pour longtemps ! Alors, je ne
compte plus…



Et alors ? ! !

Des amours il en est tant, en diversité :
Maternel, filial, hétéro ou auto,
Homo, amical, fraternel, sado-maso.
Faut-il donc les classer, et peut-on les juger ?

Philémon et Baucis, ou Yseult et Tristan,
Juliette et Roméo : on les cite souvent.
Sont-ils de l’amour les uniques parangons,
Ou les exemples ? Non, ce sont les exceptions.

Les filles de Lesbos que vous persécutez
Sont-elles moins humaines en leurs ébats saphiques ?
Ne peut-on les comprendre, ou au moins tolérer
Cette forme d’amour au nom si mélodique ?

Les enfants de Sodome, ceux que Proust vitupère,
Sont partout repoussés parce que minoritaires.
Convient-il d’ajouter encore à leurs tourments ?
Sied-il de rejeter toujours le différent ?

Ils s’aiment et se déchirent, mon dieu, c’est leur problème
Si pour vivre l’amour il leur faut la friction
Pourquoi les critiquer, leur jeter l’anathème ?
Ne sont-ils pas libres s’ils trouvent cela bon ?

Mariés, divorcés, remariés derechef
Puis démariés encor, convolant de plus belle
Pour la vie… ou pour un délai beaucoup plus bref :
Leur faut-il renoncer à l’amour, sans appel ?

Qu’importe la façon pourvu que les gens s’aiment,
Après tout, chacun est bien maître de son corps.
Hétéro ou homo, que sais-je d’autre encor,
Et alors ? s’il s’agit d’Amour, oui : et alors ?!!




Prière de l’Athée

Ô Dieu, Toi qui n’existe pas, Toi qui n’a pas créé le monde, note que c’est là un compliment que je Te fais, quand on voit comme il va, le monde ! : je Te prie.
Moi, l’agnostique, l’athée, le mécréant ; moi, l’iconoclaste, le sans-foi, le païen ; moi, le nihiliste, le solipsiste, le cynique, le stoïque ; moi, le «
je-ne-sais-quoi » , à moins que ce ne soit le « presque-rien » : je Te
prie.
Moi qui T’ai pensé, inventé, imaginé, créé ex nihilo pour anesthésier les foules esclaves sous la férule d’autres foules oppressantes, qui T’ai promu pour faire oublier à l’homme qu’il est exploité par l’homme : je Te prie.
Moi qui T’ai conçu pour assurer mes convictions quand j’avais perdu mes certitudes, pour rassurer mes terreurs ancestrales, viscérales, mes frayeurs nocturnes, mes peurs millénaristes, alors que j’avais perdu repères et amers : je Te prie.
Moi qui T’ai invoqué comme un thériarque, un orviétan, la panacée,
l’élec-tuaire contre tous les maux de la terre, dont la pollution par
l’homme n’est pas le moindre, qui T’ai pris pour béquille, prothèse,
orthèse, comme emplâtre ou cautère parfois : je Te prie.
Moi qui T’ai moult fois sommé, honni, agoni d’injures, blasphémé, qui ai juré
par Ton Nom : je Te prie.
Moi qui T’ai nommé pour combler le vide de mes idées, subsumer les concepts qui me dépassaient, formuler l’ineffable, dire l’indicible, écrire le transcendant : je Te prie.

Je Te prie, je T’en prie, ne me laisse pas dans cette déprivation, comble ma béance, j’ai trop besoin de Toi, alors je T’en prie : sois, existe !
Alors je t’adorerai, te vénérerai, te révérerai.
Alors, je te prierai à deux genoux.
Alors je serai quiet, rasséréné
Alors je renouerai avec l’espérance.
Alors peut-être je serai, oserais-je le dire tant cela me paraît incongru, grossier : oui je l’ose, alors je serai… heureux.



Il mourra, le dernier Village

Quand la gangrène bétonnière
Aura porté son coup fatal
Aux maisonnettes et aux chaumières,
Sous sa chape armée de métal
On ne verra plus un brin d’herbe.
Alors des constructions superbes
Surgiront là, sans crier gare :
Fleuriront les tours, blocs et barres.

Il y a des siècles et des ans,
L’homme vivait en petits clans
Dans les grottes néolithiques
Ou les sylves et futaies magiques.
Le groupe enfanta son village
Abandonnant grotte et clairière
A l’ermite ou bien aux vieux sages :
Il bâtit de boue et de pierres.

L’homme seul vivait en fermier
Au cœur de ses champs cultivés.
Les artisans, les ouvriers,
Le commerçants se regroupaient.
Et le lieudit devint hameau,
Pâté de maisons, bourg, cité ;
La ville grandit, en anneaux :
Faubourgs et banlieue surpeuplée.

La tour remplaça la maison
Et la barre le pavillon,
Les cubes hachélémisés
Séparant les hommes à jamais.
Seuls, il devinrent solitaires.
Plus de famille, d’amis, de frères,
Mais des numéros, des parcelles ;
Des identités virtuelles.

On communiquait par le « Net »,
Relié à tous, sur la planète ;
Pourtant le voisin de palier
Restait à jamais ignoré
A moins qu’il n’eût une e-adresse.
Il pouvait bien être en détresse,
Voire mourir, qui le saurait :
Quelque patagon connecté ?

Quand mourra le dernier « Village »
Par les bidonvilles encerclé,
Par les clapiers dénaturé,
C’est tout un monde, tout un âge
Qui disparaîtra à jamais.
Réagissons ! Réagissez !
Le mal est là, sous nos fenêtres :
Sauvons ce qui peut encore l’être.



La page blanche

Une bourrasque fantasque, un coup de vent fripon, a plaqué une feuille
blanche sur un mur rouge, un mur de briques. Une simple feuille de papier blanc qui me nargue et m’attire l’œil.
Je ne sais pourquoi, mu par quelle impulsion, mais je la pris et l’emportai dans mon athanor : le bureau où j’écris.
Ce n’était qu’une feuille banale, toute bête, toute ordinaire, toute simple, normale et sans malice, mais sa blancheur pâle me séduisit, elle était virginale, espace en mal de calame ou de pinceau, d’encre ou de peinture. Sa vacuité appelait irrépressiblement la lettre ou le trait.
A peine un coup de ciseau preste, furtif, et j’amputai sa largeur pour la conformer à la proportion dorée ; je la retournai d’un quart de tour pour la rendre horizontale. Voilà : c’est tellement plus joli ! Je l’affichai sur le
mur, entre deux poèmes.
Elle me regardait, elle me narguait, son rectangle immaculé semblait me
héler. Je passais devant, je repassais, je la regardais du coin de l’œil
ou la scrutais de façon prolongée.
Un matin, sans autre raison que l’absence de raison, j’empoignai le gros feutre rose qui trône sur mon bureau et j’écrivis en grosses lettres malhabiles par tout le travers de la feuille :
« amour »…
Le lendemain, j’attrapai un crayon bleu sur mon écritoire et j’inscris :
« enfants », « petits-enfants »…
Un autre jour, je notai en passant d’une plume joyeuse à l’encre verte :
« graine », « germe », grossesse », « amour »…
Puis un jour mon stylo y déposa :
« forêt », « brin d’herbe », « rose », « perle de rosée », « amour »…
Les jours se succédaient, les mots tapissaient
la feuille de leur arc-en-ciel :
« amour », « fraternité », « amour », « cœur », « amour », « amitié », « amour »…
Puis encore en rouge :
« amour », « bonjour », « amour », « toujours », « amour »…
Une autre fois ce fut en jaune :
« amour », « soleil », « étoile », « amour »…
Puis :
« amour », « amour »…
Et : « amour »…
Bientôt il ne subsista plus la moindre place où écrire alors que des
mots se pressaient toujours qui voulaient s’y poser tels des papillons.
Hélas ! une feuille ne peut contenir plus de mots qu’elle n’en peut
contenir, il fallut bien se rendre à l’évidence.
Ah, si ! là tout en bas, dans le coin de droite, il restait un infime espace, vierge encore : à cet endroit où, généralement, l’on signe.
J’attrapai fiévreusement une fine mine, je m’approchai de la feuille et… non, je ne la signerai pas !
J’écrivis un mot, juste un tout petit mot, les cinq lettres qui, me semblait-il, manquaient pour que l’œuvre fût vraiment achevée, déposées à l’aide d’un pinceau de lumière :
« a » « m » « o » « u » « r ».
Je reculai d’un pas, l’œil cligné, et contemplai la feuille une ultime fois. Je ne saurais dire pourquoi mais je me sentais heureux.
Alors je la décollai du mur, j’ouvris la fenêtre et… la rendis au vent fantasque qui me l’avait apportée : il savait pourquoi.
Il savait où et à qui la porter maintenant.



Monologue du Diable

Je suis cornu aux pieds fourchus,
A la queue longue, aux doigts crochus,
Mon trident de fer est pointu :
Viens à moi, je t’attends, vois-tu.

Je fus premier sur cette terre :
Enfin presque, j’avais un Frère
Qui ne rêvait que de bonheur
Et paria sur l’Homme et le cœur.

Je crois, mon dieu, qu’il s’est trompé,
Il voulait régir, policer,
Etre aimé, loué, adoré :
Il fallait qu’il fût bien benêt.

Je t’attends depuis si longtemps,
Avant même que fût le temps ;
Je t’attendais dans le Jardin.
Je t’attendais… et puis tu vins.

Tu m’appartiens, obéis-moi
Car c’est par moi que tu es Homme,
C’est moi qui t’ai offert la pomme
Qui te rendit égal à moi.



Monologue du bon Dieu

Je suis un vieux sage barbu,
Ma robe est de lin blanc écru,
Je suis céans pour ton salut :
Viens à moi, je t’attends, vois-tu.

Je fus premier sur cette terre :
Enfin presque, j’avais un Frère
Qui ne rêvait que de malheur
Pariant contre l’Homme et le cœur.

Je crois, diable, qu’il s’est bien trompé,
Il voulait agir, libérer,
Etre suivi et écouté :
Et c’était tentant, il est vrai..

Je t’attends depuis si longtemps,
Avant même que fût le temps,
Je t’attendais dans le Jardin.
Je t’attendais… et puis tu vins.

Je t’ai créé, aussi suis-moi
Car c’est par moi que tu es Homme,
Je t’avais bien dit que la pomme
Etait un vrai danger pour toi.



Ciel lourd

Le ciel était étroit à la fenêtre basse,
D’épais nuages obscurcissaient tout l’horizon,
Où grouillaient par milliers, démiurges et démons ;
Une nuit d’encre triste nimbait mon âme lasse.

Mélancolie ! Cette nuit mes pensées me mènent
Vers l’enfer dont, enfant, l’on m’a tant menacé,
Qui cent fois mérité et cent autres épargnés,
Hante ma nuit, mes jours, et mes joies et mes peines.

Qui lève encor les yeux de nos temps trop inquiets,
On fixe le bitume et l’on baisse la tête,
Le moral est bas, le cœur n’est pas à la fête
On passe son chemin en traînant fort les pieds.

Fais moi un peu confiance, appelle et je suis là
Ne crois pas aux miracles, aux promesses, aux présages
Ce que l’on tient est le seul véritable gage,
Ce que je fais pour toi, le ciel ne l’offre pas.

Le ciel était étroit à la fenêtre basse,
D’épais nuages obscurcissaient tout l’horizon,
Où grouillaient par milliers, milles petits démons.
Une nuit d’encre triste nimbait mon âme lasse.



Ciel bleu

Le ciel était du bleu du manteau de la Vierge,
Bleu pur où l’on voyait des ailes d’anges blancs ;
Mon âme s’enchantait aux flammes du couchant,
Les étoiles luisaient là-haut comme des cierges.

Félicité ! Ce soir mes rêves me ramènent
Vers ce ciel dont, enfant, l’on m’avait tant parlé,
Qui par cent fois enfui et cent autres approchés,
Eblouit nuits et jours, sublime joies et peines.

Levons, levons les yeux vers la nue étoilée,
Soyons, soyons légers, des rêves plein la tête,
Ayons le rire aux lèvres etle cœur à la fête,
Tissons notre chemin de joie et de gaîté.

Ne perd jamais confiance, homme de peu de foi
Ne crois pas aux miracles, aux promesses, aux présages
Ce que l’on espère, avec ce que l’on partage,
Sont les seules richesses, qui font de nous des rois..

Le ciel était du bleu du manteau de la Vierge,
Bleu pur où l’on voyait des ailes d’anges blancs ;
Mon âme s’enchanta aux flammes du couchant,
Les étoiles riaient là-haut comme des cierges.



Le Dernier

Cent ans et plus… horreur ! Voici que je suis le dernier : le témoin, l’improbable survivant, l’oublié de Dieu et des hommes - mais pas du Diable, soyez-en sûrs -, celui que son unicité irréversible rappelle sur de proscenium le temps d’un anniversaire ou d’une commémoration, pour si peu de temps... avant qu’on me ramène à ma naphtaline.

Je suis le dernier Poilu. La déesse aux cent bouchesl’a clamé, ce doit donc être vrai. Les médias me tannent : « Quel effet cela fait-il de… ? Comment vit-on cette situation unique ? », il ne disent pas « …cela vous fait-il » mais « …cela fait-il ? », « comment vivez-vous » mais « comment vit-on » ; je suis l’absent, l’oublié, l’ignoré de la question. D’ailleurs la vraie question, nul ne la pose ni ne se la pose : « Pourquoi ? ». Et il leur en faut, encore et
davantage, du son et de l‘image. Je voudrais capituler et les envoyer
paître, m’enfuir, m’enfouir et disparaître... Mais hélas je suis, à mon
corps défendant, responsable en tant qu’ultime souvenir au bord de la
disparition, comme le serait un patrimoine :²classé²fossile vivant, homme intouchable.
Le Diable a encore gagné !

Qui dira après moi la boue des Eparges, les tranchées et les fraternisations, le chemin des Dames où fut immolé cent mille jeunes prometteurs par le seul
caprice de Nivelle ? Qui dira la lâcheté de l’arrière et le courage résigné du front ? Qui dira l’incompétence des états-majors ? Qui dira le feu, l’eau, la terre, et un air délétère devenu épais à force de miasmes et de gaz létaux ? Qui contera comment les quatre éléments ligués, s’ils créèrent un jour un monde, furet capables, un autre jour,de le détruire ?
Aujourd’hui, la guerre ne tue plus guère que le civil : femmes, vieillards, enfants devenus dommages collatéraux par le miracle de la langue journalistique. Le soldat n’est plus qu’anecdote : professionnel suréquipé et surentraîné terré dans quelque PC ou salle de contrôle, enchaînant les parties de Kriegspiel ou de wargame aux commandes de computers ou aux joysticks de drones.

Je suis le dernier rescapé de l‘Holocauste. La déesse aux cent bouches l’a clamé, ce doit donc être vrai. Les médias me traquent. Je suis responsable,
ultime souvenir.
C’est le Diable qui a gagné ! Comme toujours.

Qui dira encore, que l’on écoutera un peu ? Quel rempart face aux
révisionnistes de tous bords, aux florissants Faurisson et autres Le Pen
ou Papon ? Qui contera l’horreur indicible aux générations futures ?
Qui narrera la complicité perverse d’un pays ? Qui enseignera la prudence quand nul n’y croira plus et que l’oubli aura accompli son patient et insidieux travail de sape ? Qui même imaginera, autrement que par le truchement d’une bouillie hollywoodienne, que cela a été possible ? Aujourd’hui, les génocides sont banalisés. Qui criera encore que cela peut se reproduire et que « Le ventre est encore fécond d’où naquit la Bâte immonde ! ». Y aura-t-il un nouveau Brecht ?

Je suis le dernier rescapé d’Hiroshima. Les médias m’assiègent. Je suis
responsable.
Le Diable a gagné !

Qui parmi nos enfants pourra comprendre la terreur ?
Aujourd’hui, on reparle d’armes de destruction massive que l’on voudrait voir autorisées, on évoque un nucléaire parle de frappes et de bombardement en termes de chirurgie et les dégâts collatéraux sont rangés aux profits et perte du Monopoly planétaire ; le seul pilonnage reconnu est celui des médias ; aujourd’hui on mesure en terme d’argent et sur le très court terme.
Yaura-t-il un demain ?

Je suis le dernier homme, anachronisme, erreur de la nature. Aucune déesse aux cent bouches n’est plus là pour le clamer : forcément. Je m’interroge, nul autre ne pouvant le faire : « Quel effet cela fait-il inique-de… ? », « Comment dois-je gérer cette situation unique ? » serait plus approprié. J’en oublie la seule, la vraie question qui jamais ne sera posée : « Pourquoi ? ».- nul ne l’ayant jamais fait - Je voudrais capituler et envoyer tout paître,
m’enfuir, m’enfouir et disparaître... Mais voilà, je suis, à mon corps
défendant, responsable, ultime souvenir au bord de la disparition, à la
porte du néant. Vais-je frapper à l’huis ? J’en caresse le marteau et je
tergiverse. Pour un peu, je ferais l’éloge de la procrastination
Il n’y aura plus de demain.
C’est le Diable a gagné !
Se serait-il pu que… ?



Au plaisir des Sens (version du Diable)

Notre œil émoustillé parcourt ses courbes pures,
Ses seins, globes parfaits, dans une course sure :
Notre VUE s’éblouit.

Nos oreilles se grisent au gargouillis charmant
Du baiser dont la succion chuinte goulûment :
Notre OUÏE se ravit.

Nos narines palpitent, humant avec délice
Les fragrances qu’exhalent une intimité lisse :
Notre ODORAT frémit.

Nos lèvres embrassent,notre langue lèche et nos dents
S’agacent de ses flux, délicieusement :
Notre GOUT se réjouit.

Nos doigts en caressant des rondeurs duveteuses,
Glissent sur la toison douce et lanugineuse :
Notre TOUCHER jouit..

Nos sens, unis dans cette communion quinaire,
Pour jouir de la vie sont tous cinq nécessaires ;
Leur conjonction est un plaisir digne d’un roi
Que nous offre la femme : oui, en Eros je crois.



Au plaisir des Sens (version du Bon Dieu)

Notre œil émerveillé parcourt ses courbes pures,
Suit son galbe parfait dans une course sure :
Notre VUE s’éblouit.

Nos oreilles se grisent au friselis chantant
Du zéphyr qui la frôle de l’aile en passant :
Notre OUÏE se ravit.

Nos narines palpitent, humant avec délice
Les fragrances exhalées par l’intime calice :
Notre ODORAT frémit.

Nos lèvres, notre langue, nos papilles, nos dents
S’agacent de ses sucs, délicieusement :
Notre GOUT se réjouit.

Nos doigts en caressent la rondeur duveteuse,
Ils glissent en effleurant la corolle soyeuse :
Notre TOUCHER en rit.

Nos sens, unis dans cette communion quinaire,
Pour comprendre la vie sont tous cinq nécessaires ;
Leur conjonction est un plaisir digne d’un roi
Qui nous offre la fleur : une rose je crois.



Humanistes et humains

Sociaux plutôt que socialistes ;
Libres plutôt que libéraux ;
Bien plus communs que communistes ;
Surtout pas égoïstes, égaux ;

Oui, mais humains ET humanistes.


Martiens peut-être, pas marxistes ;
Eduqués, pas manipulés :
Francs, sûrement pas franquistes :
Eclectiques, mais pas dispersés ;

Oui, mais humains ET humanistes.

Animateurs plus qu’animistes ;
Zélés et jamais zélateurs ;
Economes, pas économistes ;
Pas plus loués que laudateurs :

Oui, mais humains ET humanistes.

Racés sans que l’on soit racistes ;
Pas bellicistes, mais belles ou beaux ;
Ni élites ni élitistes ;
Démocrates et non démagos :

Oui, mais humains ET humanistes.

Populaires, pas populistes ;
Pas aveuglés, toujours lucides ;
Formateurs plus que réformistes ;
Fraternels et non fratricides :

Oui, mais humains ET humanistes.



Il y avait un Roi

Lorsqu’il maniait l’alène, qu’il avait les doigts forts ;
Lorsqu’il tranchait le cuir, son geste était parfait ;
Croisant les deux aiguilles, ses mains étaient si sures
Qu’on aurait cru un jeu que son labeur si dur.

De ses dents il tenait le bout du fil poissé
Dont les points, sur la peau, feraient un beau décor.
Pour caresser sa fille, qu’ils étaient doux ses doigts,
Et son geste berceur, la prenant dans ses bras ;

Que d’amour quand ses mains venaient l’envelopper !
Et la fillette, heureuse, babillait et riait,
Ivre de ce bonheur qu’elle n’oublierait pas :
La fille du bourrelier était fille d’un ROI !



La danseuse et le funambule

L’artiste
Fildefériste,

Tout là-haut,
Tout beau,
Chavirait les têtes
Des poètes,
Et coupait le souffle
Des maroufles.

La danseuse

Vaporeuse
Tournait, tournait sur la piste,
Dix pas sous le
fildefériste,
Elle chavirait les cœurs
Des spectateurs :

Légère comme libellule,
Elle affolait le funambule.

Arriva
ce qui se devait
D'arriver.
L’équilibre fut
Rompu,
Et le
funambule chut :
Chut !

Comprenant
A ses dépends...
L’expression qui stipule que
L’on « tombe » amoureux.
Les
spectateurs, quant à eux,
N’y virent que du feu
Et applaudirent
des deux mains
Le pauvre pantin,
Ma foi, bien désarticulé

Mais souriant à son aimée.

Il comprenait, là, sur le son
De
la piste, la dure leçon
Qu’enseigna jadis
Hermès dit le
Trismégiste :
« Ce qui est en haut est comme
Ce qui est en bas,
en somme ».



Il sera une fois

Il sera une fois, un pays merveilleux
Où les filles auront les yeux gris, bruns ou bleus
Ou vert ou irisés ; un monde où leurs cheveux
Seront courts ou longs, fins ou épais, ou soyeux ;
Où leur peau sera blanche comme lys, ou dorée,
Ou rousse constellée, ou noire comme geai ;
Où elles parleront péruvien, javanais
Ou chinois ou wolof, ou par gestes, ou… français.

Il sera, une fois, un pays fabuleux
Où, qu’ils soient petits, sveltes, ou grands ou rondouillards ;
Agiles ou maladroits, empruntés, débrouillards
Les garçons aux cheveux courts ou longs, ou soyeux ;
A la peau blanche et lisse ou flétrie et ridée,
Ou toute constellée, ou noire comme jais ;
Parleront allemand, ou russe ou javanais
Ou wolof ou finnois, par gestes, ou… en français.

Il sera une fois un pays où, tous frères
Les hommes et les femmes, les humains veux-je dire,
S’accepteront, qu’ils soient semblables ou qu’ils diffèrent
Car il n’y aura plus de pire.-Pour le meilleur
Il sera une fois un monde prodigieux,
Mais où ? le verrons-nous ? aujourd’hui ou demain ?
Ici, j’ose le rêver, pas sous d’autres cieux,
Demain, je veux le croire, pas à la saint Glinglin !

Il faut si peu pour que cela se réalise,
Un peu de tolérance, d’amour, et de respect,
D’écoute : il ne faut rien qu’un brin d’humanité.
Mais il faut le vouloir, et cette idée me grise.



Il était temps

Je m’étais endormi, j’avais baissé ma garde
Sitôt reclos mes yeux, je ne puis dire quand.
Lorsque je m’éveillai, avait passé le temps,
Et le soir me narguait de sa lumière hagarde.
Le soleil est couché et déjà la nuit tombe,
La lumière est tarie. Au royaume de l’ombre,
Tout insensiblement des secondes sans nombre
Me tirent par la main, m’entraînant vers la tombe.
Le temps est un tyran, dès qu’on tourne
le dos Le voilà qui s’évade et court, maestoso,
Puis accelerando, presto, prestissimo :
Il s’éloigne de nous au quadruple galop.
J’ai beau me cramponner à l’heure, à la minute,
Freiner de tous mes fers, rien n’y fait, il se bute
Et me laisse pantois sur le bord du chemin,
Planté tel une borne au détour d’un jardin.

C’est juré, c’est promis, je serai vigilant
A l’avenir ; le temps onc ne me surprendra,
Je veillerai sur lui comme on couve un enfant,
Sans plus lâcher sa main ni desserrer les bras.
J’ai beau faire, ruser et par maints artifices
Tenter de l’arrêter, rien n’y fait, il se glisse,
Entre mes doigts trop lâches, toujours il me distance
Et me plante céans, sans perdre sa cadence.
Les semaines, les mois me tuent à petit feu
Les années et les lustres me poursuivent sans trêve
Me percent de leur pal comme ferait un glaive.
Demain, je serai mort : j’aurais vécu si peu !
Lamartine priait : « Ô temps, suspends ton vol » ;
Vœux pieux, le temps n’écoute que s’il veut écouter,
Tyran qui se sait maître de nos destinées
Et rien ne lui fera jamais fléchir le col.



Allez, amis, je vous laisse, je sens que vous en avez marre de cet
échantillon.
Mes ânemitiés à vous TOUS
Lucia & Mélano
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MessageSujet: Re: Coupes de ciel, de fiel, de miel   Ven 30 Avr - 13:51

bienvenue à vous Lucia et melano

pour les aneries prochaines , ca serait mieux un post pour chaque car là en effet ca fait une sacrée page mais ce n'est que mon avis

bises
agathe
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MessageSujet: Re: Coupes de ciel, de fiel, de miel   Sam 1 Mai - 4:31

J'ai lu quelques uns de vos textes, je reviendrai bien-sûr !
Le premier me fait penser que l'être humain a un grand chemin de St Jacques de Compostelle à poursuivre en persévérance tout au long de sa vie dès comme vous le dites qu'il devient homme de par ses premiers pas vers sa destinée...


Silence aussi éclate de réflexion et de vérité, au point que l'âge amène une certaine sagesse emplit des silences d'une force neutre !

Je suis d'avis aussi d'Agathe et quand je vous proposai un espace c'était justement pour insérer toutes ou en partie vos oeuvres...
Réfléchissez et dites nous car il suffit d'un transfert d'espace à espace...

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Son partage est un accomplissement...
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anne
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MessageSujet: nouveau livre de notre ami lucia&melano   Mar 31 Aoû - 7:51

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MessageSujet: Re: Coupes de ciel, de fiel, de miel   

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Coupes de ciel, de fiel, de miel
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