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 Suicides en prison l'histoire qui donne tort à Rachida Dati

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MessageSujet: Suicides en prison l'histoire qui donne tort à Rachida Dati   Jeu 30 Oct - 16:37

Octobre touche à sa fin et, depuis le début de l'année, 96 détenus se sont déjà suicidés en prison. Un chiffre en hausse puisque, comme le rappelle l'Observatoire international des prisons (OIP), on a atteint en dix mois l'équivalent de l'année 2007.
Alors que plusieurs cas ont été médiatisés ces dernières semaines, et tandis que les chiffres s'emballent (+18% par rapport à 2007 à cette période de l'année), Rachida Dati, la Garde des Sceaux tente de colmater les brèches.
Deux dispositions préconisées par la place Vendôme permettraient notamment d'endiguer la tendance:

  • installer des interphones dans chaque cellule
  • mettre en place des "rondes spéciales" pour les détenus les plus fragiles psychiquement

Alors que le contrôleur général des prisons, Jean-Marie Delarue, s'est prononcé en faveur des interphones ("un remède intéressant, mais insuffisant", nuançait-il mercredi sur LeMonde.fr), un nouveau procès offre cependant un autre éclairage sur les projets de Rachida Dati.
Lundi 3 novembre, le tribunal correctionnel d'Avignon jugera en effet une affaire mettant en cause un surveillant de prison, toujours en exercice, et un ancien détenu de la prison du Pontet, à Avignon. Ce dernier est âgé de 64 ans, il est libre depuis trois ans. Nous l'appelerons D.
Le cas d'espèce qui contredit Rachida Dati
D. a rencontré B. en prison, le 22 janvier 2004. Lorsque D. est écroué pour une peine de trente mois (il sera libéré au bout de vingt-et-un mois), son voisin de cellule, B., a déjà purgé trois mois en préventive. B. est accusé de tentative d'assassinat, mais il est aussi gravement dépressif. Le psychiatre qui le suit à l'intérieur de la maison d'arrêt l'a mis sous traitement, au vu de ses tendances suicidaires. A 44 ans, B. avait même été hospitalisé d'office à deux reprises.
Dans la nuit du 1er au 2 avril 2004, B. se suicide -overdose médicamenteuse. A quelques mètres de D., qui est réveillé dans la nuit par les bruits anormaux que fait son voisin. Il est environ 2h30 quand D. émerge et comprend que son codétenu (avec qui il affirme avoir toujours entretenu des relations paisibles) a de graves problèmes de santé.
A l'aide de l'interphone, il prévient le surveillant de garde. Qui lui aurait demandé de patienter, affirme D. Ce dernier commence alors à veiller son voisin de cellule, en le plaçant en position de sécurité. Il finit par s'assoupir, et ce n'est qu'avec la ronde de routine, le lendemain matin, à 7 heures, que tout le monde prend conscience que B gît dans son vomi et son urine.
Non-assistance à personne en danger
Au moment de la ronde, il est 7 heures, et B. est encore vivant. Il décède juste après, avant l'arrivée des secours. Depuis, quatre grosses années ont passé, et une instruction a été ouverte pour rechercher les circonstances de la mort du détenu dans cet établissement pénitentiaire.
C'est dans ce cadre de cette enquête que D., comme le surveillant, ont été mis en examen pour "non assistance à personne en danger", un terme qui implique une dimension "volontaire".
Ce sont les enfants du défunt qui ont déposé plainte. Depuis la prison d'Avignon a connu d'autres suicides: deux en 2007 et déjà deux autres, cette année, depuis le mois de janvier.
Pour l'Observatoire international des prisons, rendre un détenu responsable de la sécurité d'un autre détenu sous prétexte qu'on installe des interphones et qu'on signale les sujets les plus fragiles est dangereux:

"Si on ne prend pas en compte la souffrance, Rachida Dati pourra mettre en place tous les dispositifs qu'elle veut, ça ne servira à rien. Surtout si l'on fait porter toute la responsabilité sur le codétenu, sachant que la mort d'un voisin de cellule entraîne déjà une grande souffrance morale."
Un détenu coupable du suicide d'un autre?
Me François Arlaud, qui assurera lundi la défense de D. ("un homme très isolé, qui avait déjà du mal à rebondir après son séjour en prison et qui reste affecté par le suicide de B."), plaidera que son client n'a pas failli:

"Mon client a bien alerté le surveillant par l'interphone, c'est celui-là qui a décidé de ne pas intervenir, demandant à distance à B. d'arrêter d'empêcher mon client de dormir. Ensuite, il a précisé aux deux hommes de cesser de le déranger. Il a même demandé à mon client de faire vomir son voisin, avant de lâcher "demain, il fera jour". C'est à ce moment-là que mon client s'est rendormi.
Mais, si les deux rondes ont bien eu lieu, et sachant que l'autre détenu avait été placé sous surveillance spéciale, pourquoi n'ont-ils pas repéré le problème? Les œilletons placés à la porte des cellules n'ont donc pas été ouverts? Et pourquoi le surveillant n'a-t-il pas prévenu le gradé, seul à avoir les clefs des cellules la nuit?"
A l'instruction, il sera dit que l'on ne pouvait distinguer l'état de détresse avancée dans lequel était B., allongé au sol avec ses habits, parce que les détenus dorment souvent sur des matelas à même le sol, surpopulation carcérale oblige. Et c'est vrai qu'au moment du suicide de B., le taux d'occupation des lieux est de 135%. Mais, dans la cellule 117, cette nuit-là, il n'y avait que B. et D., avec chacun son lit, et donc aucune raison pour que B gise par terre.

Un précédent en 1999


Contrairement à ce que croyaient savoir les avocats des deux prévenus à cinq jours de l'audience, cette mise en examen pour "non assistance à personne en danger" n'est pas une première, même si ce cas de figure est rarissime.

Le vrai précédent remonte à 1999, avec le suicide d'un détenu incarcéré pour un quadruple meurtre, qui s'était tranché les veines après avoir menacé son codétenu de se suicider.
Me Roubaud, du barreau de Carpentras, avait obtenu la relaxe de son client le 13 novembre 2001 au tribunal correctionnel d'Aix-en-Provence. Il avait plaidé que l'administration pénitentiaire s'était rendue coupable de n'avoir pas assez pris en compte le risque que courrait le détenu qui s'était suicidé.


Depuis les faits, le surveillant n'a reçu aucune sanction administrative, précise Me Tarrifou, collaboratrice de l'avocat qui défendra le gardien de prison, lundi, au tribunal. Les avocats n'ont d'ailleurs eu écho d'aucune enquête en interne.
Le suicidé "pouvait très bien alerter les secours"
Peu bavarde ("je n'ai rien à vous dire, vous verrez bien notre ligne de défense à l'audience"), elle finit par glisser que son client n'a "rien à se reprocher":

"Notre but est d'analyser le dossier sans ses implications dans le débat d'actualité. Notre client a fait tout ce qu'il avait à faire. Il n'a pas mis en danger ce détenu. C'était à son voisin de cellule de prévenir en temps voulu. Voire à la victime elle-même, qui était tout à fait en état de l'alerter."
Déjà, il y a trente ans...
Ni l'administration pénitentiaire, ni le cabinet de Rachida Dati n'ont donné suite à nos demandes lorsque Rue89 les a sollicités sur cette affaire. Mais il est certain que le procès qui s'ouvre lundi tombe mal pour la ministre de la Justice, dont le nouveau dispositif passe pour de "fausses bonnes idées" à l'aune de ce cas d'espèce.
Or, si le rythme de suicides s'est accéléré, la problématique n'est pas nouvelle: il y a trente-deux ans, on parlait déjà de la nécessité d'améliorer le suivi psychiatrique en prison, comme le montre ce documentaire de 1976 :






Là où Rachida Dati préconise des cellules doubles pour les détenus fragiles, afin de mieux responsabiliser les prisonniers entre eux, on notera au passage qu'en 1967, la toute première directrice de prison vantait justement à Marguerite Duras les cellules individuelles, symboles de l'avenir carcéral...


Photo : un prisonnier à la santé, à Paris, en janvier 2000 (Charles Platiau/Reuters).




lien Rue89
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