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 Thomas et la liberté : petite histoire philosophique

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Elsa

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MessageSujet: Thomas et la liberté : petite histoire philosophique   Mer 1 Aoû - 3:33

«Chéri, chéri ! Viens ici, met ton pullover et ta veste, il fait froid dehors. Thomas ! Viens ici ! Arrête de tirer les cheveux de ta sœur, et essuie-moi ce chocolat au bord de tes lèvres. L’école commence à 9heures, et vous n’êtes toujours pas prêts ! Tous les matins, c’est le même cirque !»

Le petit garçon de sept ans, se tourne vers sa maman, l’air innocent. «Je ne lui tire pas les cheveux, maman, j’essaie de la peigner !»

«C’est vrai ça, Aurélie ?» demande la maman, sceptique.

Conspiration ? Concertation silencieuse ? Aurélie hoche la tête d’un air convaincu, tout en essayant de cacher les larmes qui s’apprêtaient à couler si personne n’était pas intervenu…

«Bon», soupire la maman, «cessez de tourner en rond tous les deux, nous allons être en retard.»

Mais Thomas, les mains sur les hanches, se plante devant sa maman, et lui dit : «Moi, je suis libre et je veux plus aller à l’école. J’aime pas l’école. Je veux rester avec toi.»

«Thomas, pour être libre, il faut aller à l’école, justement. Après, tu auras un métier et tu pourras faire ce que tu veux. Mais maintenant, tu dois bien travailler pour que plus tard, tu ne le regrettes pas.»

«Tu promets, mimi ? Je serais vraiment libre ? Je pourrais avoir toutes les voitures de la terre ? Je pourrais manger tous les bonbons que je voudrais ? Aimer toutes filles ? Et toutes les filles m’aimeront ? Est-ce que j’aurais tout l’argent que je voudrais ?»

«Chéri, mon amour, ne t’emballe donc pas. La liberté a ses limites. Tu sais, même si on est libre, on ne peut pas tout faire. On dit toujours que notre liberté s’arrête là où celle des autres commence... Et puis, tu devras veiller à ton bien-être, à ta santé. Crois-tu que ce serait bon de manger des bonbons toute la journée ? Des gâteaux à tous les repas ? Thomas, crois-tu que tu serais heureux et que le bonheur se définit à ce qu’on mange ou à un désir qu’on satisfait ? De plus, ta liberté ne t’autorise pas à contrôler les sentiments que les autres ont pour toi. Tu ne peux pas obliger les gens à t’aimer. Tu as la liberté de les aimer, mais pour les sentiments inverses, tu dois comprendre que c’est leur liberté de refuser ton amour ou de ne pas vouloir t’aimer en retour. La liberté est une question de respect mutuel. Elle est donc limitée, même si cela te paraît injuste.

Le petit garçon reste songeur. Peut-être prend-il conscience que la liberté n’est pas aussi belle et simple que ce qu’il pouvait en rêver. Cependant, il continue d’interroger sa maman.

«Mais maman, les grands sont libres, n’est-ce pas ? Ils n’ont pas besoin d’aller à l’école, ils ne reçoivent plus de mauvais points ou de gommettes pour leur comportement ou leurs devoirs. Ils n’ont pas un maître qui met des notes et qui les surveille à la récréation. Les grands, ils peuvent regarder la télévision toute la journée, manger tout ce qu’ils veulent. En plus, ils ont des sous qu’ils peuvent dépenser pour s’acheter tout ce qu’ils ont envie. Moi je veux être libre comme eux, pourquoi tu dis que c’est pas aussi beau que ce que je peux en rêver ?

«Viens t’asseoir à côté de moi, Thomas. Regarde un peu les gens autour de toi, les grands, comme tu dis. Certes, ils ont de l’argent. Mais sais-tu qu’ils ont des factures à payer, des familles à nourrir ? Et que parfois, dans une famille, le salaire d’une seule personne ne suffit pas pour vivre ? Les grands ne sont plus notés, mais ils doivent travailler durement tous les jours et souvent même dans des conditions difficiles. Cette notion de liberté dont tu parles, c’est compliqué. Oui, les être humains peuvent faire des choix. Mais ils doivent tenir compte de certains paramètres et aussi des gens qui dépendent d’eux. Quelques fois, des décisions entravent nos libertés mais elles sont nécessaires. Et tout le monde ne gagne pas assez d’argent pour vivre comme il le désire. Tu me comprends, Thomas ?

Perplexe, Thomas ne dit plus rien. Il semble réfléchir intensément.

«Mais alors, maman, ce n’est pas bien de grandir ! Je serai jamais libre comme je veux, hein ? Alors je veux pas devenir grand. Je veux rester toujours petit et vivre avec toi.»

Il a le menton décidé, le visage fier. Comme si la décision qu’il avait soudain prise résolvait ce problème de façon définitive.

«Voyons, Thomas, ce n’est pas non plus la solution. Certes, il y a des obligations, mais d’être grand, c’est bien aussi. Tu pourras, à ton tour, construire une famille, avoir des enfants. Tu auras la liberté de leur donner une bonne éducation, de les aimer. C’est une responsabilité qu’il faut prendre avec conscience et discernement. Tu seras libre de choisir un travail que tu aimes, mais pour cela, tu dois bien travailler à l’école pour te donner les moyens de réaliser tes rêves. Car oui, il faut malgré tout se donner les moyens de pouvoir vivre librement. Mais il y a aussi des conditions financières, familiales… La liberté n’est pas un cadeau qui nous tombe sur la tête comme cela. Elle se travaille et se mérite, même si au premier abord, ce n’est pas toujours ce que la société tout entière voudrait nous faire croire.»

Nouveau silence. Mais cette fois-ci, le petit garçon se lève, et se place devant sa maman. Il a l’air grave, et la maman se demande soudain ce que va lui dire son fiston.

«Maman ?»

«Oui, chéri ?»

«Est-ce que j’ai choisi de naître ?»

«Euh, euh, non, Thomas. Mais pourquoi me demandes-tu cela ? Les enfants ne choisissent pas de naître. Les parents, quand ils s’aiment beaucoup font un enfant ensemble. C’est une façon de souder leur amour, de lui donner un sens.»

«Mais maman, si je n’ai pas choisi de naître, je ne suis pas libre ! Comment je pourrais être libre si j’ai pas choisi de naître ?»

La question détonne. Elle cesse le débat puéril du moment d’avant. La maman reste médusée par la remarque de ce petit bout d’homme de sept ans. Comment peut-il développer un raisonnement aussi poussé alors que ce matin encore, il empilait des Légos les uns sur les autres dans une béatitude des plus plaisantes à admirer ? Puis, elle pense que parfois, des phrases lancées innocemment peuvent lancer un débat bien houleux dont on ne possède pas nécessairement les réponses. Et d’ailleurs, comment le pourrait-on ?

C’est maintenant elle qui se fait silencieuse. La remarque a porté plus loin que ce qu’on aurait pu penser. Qu’est-ce que la liberté, au juste, se demande-t-elle ? L’être humain est conditionné, vit dans une société où il y a des règles bien précises, des codes de conduite, des échelles de valeur. À partir de ce moment-là, que penser de cette soi-disant liberté qui nous est offerte ? Elle est limitée, écornée. Mais de là à dire que le non-choix initial dû à la naissance remettrait toute cette liberté en question il n’y a qu’un pas…. Et pourtant ! Thomas l’avait fait. Avec l’innocence de son âge, et de son manque de connaissance de la vie. Elle a de la peine à se l’avouer, mais elle est troublée. La naïveté de la question soulevée par Thomas se montrait à elle dans toute sa complexité. Et puis, elle…

Thomas tira soudain la manche de sa chemise, impatient et inquiet du silence maternel.

«Alors, maman ! Pourquoi tu réponds pas !»

La maman soupire et chasse ces pensées intérieures qui venaient de l’habiter insidieusement. Comme il est dérangeant de s’apercevoir que la vie n’était pas aussi simple que ce qu’on aurait pu penser ou désirer !

«Tu sais, Thomas, je crois, à la réflexion, que nous avons une liberté fondamentale, que personne ne peut nous ôter.»

«Laquelle, maman ?»

Il lève un regard curieux, aux aguets.

«Je pense que l’être humain a le choix entre la vie et la mort. C’est un choix fondamental, et s’il choisit la vie et tout ce qui la caractérise, il ne sera jamais déçu. Je crois que c’est la seule liberté essentielle caractéristique de l’Homme. Tout ce qui le relève est bon. Tout ce qui l’humilie et le rabaisse est mauvais. Et ce choix, mon fils, tu peux le faire à chaque fois qu’une décision doit être prise, qu’une orientation nouvelle est requise. Est-ce que j’ai bien répondu à ta question, Thomas ? Thomas ? Thomas, tu m’écoutes ?!»

Coupée dans son élan, la maman reste étonnée mais sourit. Devant elle, il n’y a plus que sa benjamine, Aurélie, qui la regarde avec deux grands yeux inquisiteurs. Thomas, lui, s’était remis à jouer, et écoutait distraitement la fin des explications. C’était peut-être mieux ainsi. Des élans de lucidité prennent souvent les enfants, mais bien heureusement, ils ne se rendent pas compte de la vaste portée de leurs interrogations. Thomas, malgré les questions soulevées, retrouvait avec bonheur ses Légos, un jeu correspondant nettement mieux aux préoccupations de son âge. Il avait peut-être aussi compris inconsciemment qu’il y a des réponses qui se découvrent au fil des ans, au cours des évènements qui surgiront dans sa vie et à travers les obstacles qu’il aura à surmonter.

La maman tape dans ses main : «Allons ! Venez mettre votre veste, les enfants, nous allons être en retard à l’école! Et si vous bien êtes gentils, nous irons au manège cet après-midi et vous aurez un pudding au chocolat pour goûter !»

Des acclamations de joie accompagnèrent cette déclaration. La famille sortit, la porte claqua. Une nouvelle journée commençait.


Florence Saillen, 29-31 juillet 2007

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MessageSujet: Re: Thomas et la liberté : petite histoire philosophique   Mer 19 Mar - 11:01

trés belle nouvelle , ca pressent que c'est autobiographique tout cela
amitiés
agathe
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Elsa

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MessageSujet: Re: Thomas et la liberté : petite histoire philosophique   Mer 19 Mar - 11:12

Euhhh disons que je n'ai pas d'enfants, mais que comme le petit garçon j'ai remis en cause plusieurs fois ce principe de liberté qui me dérange si souvent. Et cette multiplicité de dialogues essaient tout simplement de me raisonner moi-même, c'est un comble, non?

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MessageSujet: Re: Thomas et la liberté : petite histoire philosophique   Mer 19 Mar - 11:15

oui alors c 'est une sorte de modération cet ecrit lol
amitiés
agathe
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Elsa

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MessageSujet: Re: Thomas et la liberté : petite histoire philosophique   Mer 19 Mar - 11:17

ou plutôt : je porte au monde une question existentielle pour laquelle il n'aura jamais aucune réponse précise à me donner...

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MessageSujet: Re: Thomas et la liberté : petite histoire philosophique   Mer 19 Mar - 11:24

bonsoir florence
les questions existentielles , en réalité , je crois que c'est en nous que la réponse se cache , faut juste la trouver au bon moment
amitiés
agathe
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MessageSujet: Re: Thomas et la liberté : petite histoire philosophique   

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